Varlam Chalamov, témoin des bourreaux du Goulag

Les camps soviétiques constituent un terrain idéal pour l’étude de la figure du bourreau. Varlam Chalamov en a observé plus d’un pendant sa longue détention. La diversité des portraits qu’il en trace surprend son lecteur : le bourreau est tantôt un détenu, tantôt un membre du personnel des camps ; il agit soit par plaisir, soit par conviction, à moins qu’il ne se laisse simplement contaminer par la violence qui règne dans les camps. Certains témoignages ont aussi clairement souligné l’utilisation, par les autorités, des détenus de droit commun comme bras armé lors des purges internes au Goulag. L’horreur des camps ne se résume pas aux conditions de détention – travail, nourriture, climat, nourriture, etc. Chalamov, même libre, ne sait comment survivre à ce qu’il a vu. Marqué par cette expérience révélatrice, selon lui, de la cruauté des hommes, il condamne tous ceux qui ont aidé à la mise en place de ce système*

Plan
Le bourreau des camps staliniens : fabrication d’un personnage omnipotent
Les bourreaux, des citoyens ordinaires ?
Des méthodes à la limite de la légalité
De nouveaux instruments efficaces
Le camp stalinien, cadre légal de la barbarie
Des bourreaux reconnus « d’utilité publique »
Une violence omniprésente
Quand les bourreaux deviennent victimes

Elena Pavel, « Varlam Chalamov, témoin des bourreaux du Goulag », Labyrinthe [En ligne], 12 | 2002, mis en ligne le 13 avril 2006, consulté le 18 janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/labyrinthe/1216 ; DOI : https://doi.org/10.4000/labyrinthe.1216

Le gouvernement soviétique a longtemps nié l’existence de camps sur son territoire. Cet aspect inavouable des « lendemains qui chantent » en aurait certainement dérangé plus d’un quand, après la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a largement condamné tout ce qui ressemblait, de loin ou de près, à une structure d’extermination.

Le système concentrationnaire était pourtant « justifié » par ses fonctions économiques – exploitation de fronts pionniers dans l’immense espace oriental de l’URSS – et idéologiques de rééducation par le travail. En 1941, il comptait près de deux millions de détenus. En regard de cette réalité massive et de ces discours légitimants, le silence officiel sur la nature répressive du Goulag n’est que plus impressionnant. Il a bel et bien existé jusqu’en 1956, pour ensuite être remplacé par une structure fortement analogue.

De nombreux témoins ont survécu à ces terribles années. Ils écrivent, dessinent, racontent, se souviennent. Le nom de leur bourreau, le camp dans lequel ils ont tant souffert. Varlam Chalamov (1907-1982) est l’un d’entre eux. En 1954, lorsqu’il commence ses Récits de Kolyma, il espère être publié rapidement. Mais comment imaginer qu’un ouvrage qui s’essaye à démonter tout le système concentrationnaire, pièce par pièce, puisse être mis à la portée de tous ? Car ce que Chalamov crie haut et fort, c’est qu’il existe des bourreaux en Union soviétique. Chacun de ses récits met en lumière une scène de vie dans les camps. Petit à petit, le décor se dessine, et le lecteur comprend comment ces hommes ont été amenés dans les camps pour mourir. Travailler, puis mourir.

Lire la suite : https://journals.openedition.org/labyrinthe/1216

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