L’Harmonica de verre (1968, sous titré anglais vost ) d’Andreï Khrjanovski : La dissidence sous de nouvelles formes

L’Harmonica de verre Стеклянная гармоника
Réalisation : Andreï KHRJANOVSKI (Андрей ХРЖАНОВСКИЙ)
Scénario : Guennadi CHPALIKOV (Геннадий ШПАЛИКОВ)
D’après le conte de Lazare Laguine
Images : E. RIZO (Е. РИЗО)
Décors : Youri NOLEV-SOBOLEV (Юрий НОЛЕВ-СОБОЛЕВ), Julo SOOSTER (Юло СООСТЕР)
Musique : Alfred CHNITKE (Альфред ШНИТКЕ)
Ingénieur du son : Gueorgui MARTYNIOUK (Георгий МАРТЫНЮК)
Production : Soyouzmoultfilm

L’Harmonica de verre (1968 ) d’Andreï Khrjanovski : La dissidence sous de nouvelles formes

Laura Pontieri
Université de Toronto
Traduit de l’anglais par Hélène Mélat


Au contraire de l’animation américaine, qui vient du comic strip et des scènes de
vaudeville, l’animation russe à ses débuts s’inspirait des caricatures politiques et des
affiches de propagande. Ses traits particuliers se sont cependant perdus à la fin des
années 1930 quand les autorités ont fait pression pour que l’on fasse des films pour
enfants et non des expérimentations. Un bref retour du style de la caricature s’est
produit pendant la Seconde Guerre mondiale, mais cela a été un épisode isolé et
éphémère. À partir de la création d’un studio d’animation centralisé, la majorité de
la production des films du milieu des années 1930 jusqu’à la fin des années 1950
était destinée à la jeunesse.
La décision d’orienter la production de films d’animation vers la jeunesse était
en partie une décision politique et était en partie due à l’influence de Disney.
Au premier festival international du film de Moscou en 1935, quelques films de
Disney furent projetés devant un public large et eurent un grand succès. Plusieurs
animateurs soviétiques furent captivés par les films de distraction américains,
truffés de gags et avec un développement de l’intrigue léger, et ils adoptèrent avec
enthousiasme le style Disney.
Le studio Soïouzdetmoultfilm, fondé en 1936 et renommé ensuite
Soïouzmoultfilm, avait pour but de centraliser l’industrie de l’animation et
de remplacer la production d’artistes indépendants ou en petits groupes. Les animateurs et réalisateurs de différentes orientations artistiques devaient travailler
ensemble et adapter leur style à la manière Disney.
Quelques rares réalisateurs qui ne souhaitaient pas faire de compromis
quittèrent le studio tandis que la majorité adopta l’esthétique Disney, en particulier
la « rondeur » du trait du personnage et sa manière de représenter les animaux.
Le style « mignon » convenait très bien à l’animation pour enfants mais, dans
le même temps, il contribuait à effacer les traits distinctifs russes. Beaucoup de
films présentaient les mêmes animaux anthropomorphisés que dans les films de
Disney, même si le paysage typiquement russe et des éléments du folklore russe leur
donnaient une coloration nationale.
Le studio Soïouzmoultfilm ne s’est pas contenté d’adopter le style et la technique
de Disney d’animation sur cellulo, il a aussi utilisé le système de production de
Disney. L’utilisation de dessins sur cellulo a entraîné une subdivision du travail
similaire à celle du travail à la chaîne, avec des animateurs spécialisés assignés à des
tâches réduites et répétitives. De ce fait, la production a été grandement accélérée,
mais les films d’animation réalisés collectivement ont eu tendance à se standardiser.
Le style de production Disney a permis l’« animation complète », c’est-à-dire
une animation élaborée et détaillée, caractérisée par un mouvement constant,
l’utilisation de plusieurs dessins sans recyclage, une grande quantité de travail et des
phases plus détaillées pour obtenir des mouvements plus souples. Un grand nombre
d’artistes et de personnel était nécessaire pour produire ce type d’animation, et le
studio Soïouzmoultfilm était organisé pour fournir la force de travail nécessaire
dans tous les départements. La nature spécifique de ce style permettait de surveiller
la créativité des artistes et de réaliser un contrôle centralisé qui convenait aux
autorités soviétiques, ces dernières étant désireuses d’exercer leur pouvoir sur les
animateurs indépendants depuis le milieu des années 1930.
Ce n’est qu’à la fin des années 1950 que l’animation russe a connu une
révolution de contenu et de forme. La relative liberté d’esprit du dégel
khrouchtchevien a donné un peu d’espace aux animateurs indépendants pour leur
permettre de faire des expériences et d’introduire de nouvelles idées. Cependant, le
comportement contradictoire des autorités pendant cette période a entravé toute
approche radicale vers de nouvelles formes.
C’est dans ce climat de relative liberté et de mesures de contrôle contradictoires
qu’Andreï Khrjanovski a commencé à étudier et à pratiquer l’animation.
Khrjanovski a été en contact avec le monde de l’art dès sa petite enfance : son père,
Iouri Khrjanovski, était un peintre de talent, qui avait étudié avec des artistes tels
Kouzma Petrov-Vodkine, Kazimir Malevitch et Pavel Filonov avant d’abandonner
temporairement les arts visuels pour le théâtre et le métier de comédien. L’amour
L’Harmonica de verre d’Andreï Khrjanovski (1968) :
la dissidence sous de nouvelles formes insatiable de son père pour l’art, la musique et le théâtre a beaucoup influencé son jeune fils.
Tandis que Iouri Khrjanovski avait traversé les dangereuses et difficiles années
staliniennes, assistant à la disparition de beaucoup de ses amis artistes, Andreï reçut
son éducation dans une période beaucoup plus tranquille, mais il fit néanmoins
l’expérience d’une atmosphère de suspicion et de dénonciation qui entourait souvent
le monde artistique pendant la période soviétique. Il se souvient très vivement de sa
vie dans un appartement communautaire [kommunalka], partageant l’espace avec
une quarantaine de personnes, dont deux étaient des membres du NKVD et des
« informateurs amateurs », comme il les définit.
Khrjanovski a développé dans cet environnement de forts sentiments de défense
de la liberté de pensée et d’expression et il a été préoccupé par le problème des
relations de l’artiste avec les autorités, ce qui apparaît clairement dans la majorité
de ses œuvres. Andreï a subi les conséquences de son désir inné d’exprimer ses
opinions librement. En 1957, le VGIK (le très renommé Institut d’État de cinéma
de Moscou) a introduit des mesures disciplinaires envers les étudiants qui avaient
exprimé leurs opinions de manière trop explicite 3. Khrjanovski, alors étudiant en
première année, a été expulsé pour avoir lu pendant le cours d’instruction militaire
Morceaux choisis de ma correspondance avec des amis de Gogol et n’a pu être réintégré
qu’avec l’intervention des réalisateurs célèbres enseignant au VGIK Grigori Rochal,
Mikhaïl Romm et Sergueï Guerassimov, qui prirent sa défense.

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