Photographier la société soviétique

Soutenue par l’État soviétique durant toute la période 1917-1947, la photographie a été un formidable instrument de propagande au service de la guerre patriotique ou du culte des grands hommes. Un récent ouvrage fait le point sur la genèse de la photographie soviétique et sur ses liens avec la société de l’époque.

Annette Melot-Henry, La Photographie soviétique de 1917 à 1945, Presses Universitaires de Paris Ouest, 2012

L’historienne de l’art Annette Melot-Henry souligne à juste titre dans la postface de son ouvrage que la réception éditoriale de son livre suit l’évolution de l’intérêt pour la photographie soviétique en France. Les conditions ont changé. La photographie soviétique connaît depuis quelques années un regain d’actualité tant en France qu’en Russie. À Moscou, les lieux d’exposition se multiplient. La maison de la photographie, ouverte en 1996, le récent Centre de la photographie des Frères Lumière organisent régulièrement des rétrospectives mettant en valeur le patrimoine photographique soviétique et ses représentants les plus célèbres.

Mark Markov-Grinberg, portrait du stakhanoviste N. Izotov, 1934.
Mark Markov-Grinberg, portrait du stakhanoviste N. Izotov, 1934. ©institut Lumière
Boris Ignatovitch, La jeunesse, 1937, 1934. ©institut Lumière

C’est à la genèse de la photographie soviétique que s’intéresse Annette Melot-Henry dans cet ouvrage, dans une approche large qui dépasse largement la question de la propagande et de la falsification des photographies. La photographie n’est en effet pas seulement un vecteur de la propagande. La photographie de reportage a pu ainsi laisser dans le champ des éléments qui en disent long sur la société soviétique. L’auteure a choisi de privilégier l’idée d’une photographie reflètant la période soviétique (1917-1945). Celle-ci doit en fait être perçue comme un «roman familial» avec des choix de thèmes et de personnes représentées qui sont partiels et partiaux. Annette Melot-Henry insiste également sur le volontarisme politique des dirigeants soviétiques en matière de photographie, ce qui a favorisé son essor rapide.

Ses interrogations sont à rapprocher de celles d’historiens, spécialistes du cinéma, de la littérature, de la peinture et de l’architecture travaillant sur la question des arts en transition dans l’URSS durant les années 1920 et 1930. Ces derniers ont contribué à réinscrire l’histoire de l’art soviétique dans le contexte de la société des années 1930, en particulier en s’interrogeant sur la structuration des unions d’artistes, sur les processus de commande et d’approvisionnement. Un point cependant différencie Annette Melot-Henry de ces travaux : la question des sources. L’ouvrage s’appuie certes sur le dépouillement de revues nombreuses (Sovetskoe Foto, Novyi Lef, Proletarskoe Foto, Fotograf) et utilise abondamment les récits de vie d’anciens photographes mais n’utilise que peu, par exemple, les archives des associations de photographes. Elles auraient sans doute ainsi pu nous apporter des éclaircissements sur la question des conditions matérielles de ces groupes (processus de commande et rémunération, attribution du matériel, de privilèges etc.).

Lire la suite : https://laviedesidees.fr/Photographier-la-societe.html

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