«Ayka», histoire d’une sans-papiers dans une Russie sans pitié.

Ayka (Айка) est un film russo-franco-germano-polono-kazakho-chinois réalisé par Sergueï Dvortsevoï, son deuxième long métrage, sorti en 2018.

Quatre jours dans la vie d’une jeune femme kirghize (25 ans), en situation plus très régulière, à Moscou, en plein hiver de neige, dans les années 2015-2018. Elle vient d’accoucher d’un bébé qu’elle abandonne à la maternité, dès son réveil, en s’enfuyant pas une fenêtre. Elle rejoint son logement, un squat kirghiz trop bien organisé, où elle dispose d’un morceau de pièce. Elle cherche à retrouver son travail, ou un nouveau. Mais elle souffre de son accouchement (hémorragie, absence d’allaitement…), de froid, de malnutrition. Et on la recherche, d’abord par téléphone : elle a soustrait 200 000 roubles (environ 2 700 euros en 2018) à un mafieux kirghiz, théoriquement pour monter un atelier de couture, et a disparu…

Sergey Dvortsevoy

Sergey Dvortsevoy est né en 1962 à Chimkent, au Kazakhstan, de nationalité russe.
Il avait déjà réalisé plusieurs courts et moyens métrages qui ont remporté de nombreux prix dans des festivals tels que le Festival dei Popoli (Florence), Sunny side of the Doc (La Rochelle), Cinéma du Réel (Paris), ainsi que dans de prestigieux festivals du documentaire à Leipzig et à Nyon. Cependant, Sergey Dvortsevoy préfère décrire ces films (« In the Dark », « Highway », « Bread Day » et « Paradise ») comme du « cinéma de la vie ». Son objectif a toujours été de montrer la simplicité et la chaleur du monde en alliant le naturisme à la poésie. Son premier long-métrage, « Tulpan », est présenté au Festival de Cannes en 2008 et remporte le prix Un Certain Regard.
Il est diplômé du lycée aéronautique en Ukraine et de l’institut radiotechnique de Novosibirsk. En tant que manager de l’Aeroflot, il a sillonné le pays jusqu’au jour où il est tombé sur une annonce pour un enseignement supérieur de réalisation et d’écriture de scénarios à Moscou.

Filmographie
2018 Ayk
2008 Tulpan
2004 In the Dark (41 min)
1999 Highway (52 min)
1998 Bread Day (54 min)
1997 Paradise (23 min)Films du même auteur valorisés par le Gncr 

Informations complémentaires 

Festival de Cannes 2018 – Prix d’interprétation féminine

Ayka

Ayka vient d’accoucher.
Elle ne peut pas se permettre d’avoir un enfant. Elle n’a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle.
Mais c’est compter sans la nature, qui reprendra ses droits.

Au départ, il y a une simple statistique que j’ai lu dans le journal :
« En 2010, dans les maternités de Moscou, 248 nouveaux-nés ont été abandonnés par leurs mères, venues du Kirghizstan (une ancienne république soviétique proche de la frontière chinoise) ».
Cela m’a interrogé durablement. Comment était-ce possible ? Quelles raisons pouvaient conduire ces mères Kirghizes à abandonner leurs enfants dans un pays étranger et le livrer aux hasards du destin ? Qu’est ce qui pouvait les forcer à commettre un acte aussi peu naturel pour une femme, surtout venant d’une culture aussi intensément construite autour des liens familiaux ?
J’ai fini par en conclure que je devais faire un film sur ce sujet. Un film sur une jeune femme Kirghize qui abandonnait son enfant dans une maternité de Moscou, et sur les circonstances qui l’avaient poussée à prendre cette décision.
En fait, ce film parle de nous tous. De ce qui arrive lorsque les relations entre les gens et avec leur environnement se détériorent, au point que l’individu lui-même s’abîme moralement.
Seules la vie et la nature peuvent forcer un être humain à réévaluer son existence afin de la changer, parfois même contre sa volonté.

Sergey Dvortsevoy