L’Horizon / Горизонт – Lev KOULECHOV, URSS, 1932

L’Horizon / Горизонт

URSS, 1932

Réalisation : Lev KOULECHOV (Лев КУЛЕШОВ)

Scénario :  Viktor CHKLOVSKI (Виктор ШКЛОВСКИЙ), Lev KOULECHOV (Лев КУЛЕШОВ), Gueorgui MOUNBLIT (Георгий МУНБЛИТ)

 

Ce film de Lev Koulechov produit son effet, grâce surtout à la star masculine de l’époque, Nikolaï Batalov, qui transmet les contradictions tiraillant le personnage qu’il interprète, celui d’un jeune Juif tenté par l’Eldorado américain, déçu du voyage (comment imaginer le contraire, en effet, dans une production stalinienne ?), fils prodigue de retour au pays natal pour défendre la veuve et l’orphelin et combattre les exactions de la soldatesque tsariste.

Le jeune homme est, au départ, très décidé à quitter la Russie. Il mettra tout de même deux ans pour réaliser son rêve, avant de connaître toute une série de désillusions. Il se fera arnaquer par un rabbin américain en cheville avec le patron d’une triperie industrielle, un religieux qui touche une commission pour chaque ouvrier recruté, autrement dit plus fourbe, si l’on en croit le scénario du film, que les rabbins russes. Il progressera très lentement dans l’échelle sociale. Malgré son enthousiasme à toute épreuve, il sera bien forcé de déchanter en se retrouvant embrigadé malgré lui dans l’armée américaine entrant en guerre. Le message de ce film singulier s’adresse en premier lieu aux Juifs russes, victimes de pogroms (du temps des tsars, cela va de soi), voulant voir ailleurs si j’y suis, et cherche à les dissuader de quitter l’Union soviétique. Il s’agit bel et bien d’un film de propagande, interprété par des comédiens issus de l’école de cinéma de Léningrad.

Les premières séquences sont magistralement filmées. Les prises de vue en extérieur sont montées avec soin et accompagnés d’une bande-son très travaillée, mixant musiques traditionnelles, airs à danser et sons concrets. Mais cela se gâte par la suite et la production se dégrade avec une reconstitution cheap de New York et des propos catéchétiques assez douteux. Toutes les religions sont représentées en passant, d’une façon syncrétique, pas du tout critique : le héros, enrôlé une première fois, au début du récit, dans l’armée impériale, et ses camarades de régiment ont la possibilité de choisir qui le pope, qui le grand rabbin, qui l’imam pour prêter serment au tsar.

Après bien des péripéties et des déceptions, l’horizon du pauvre hère finira par se boucher. Totalement.

par Nicolas VILLODRE


Dans la Russie du début du 20e siècle, Horizon est un jeune juif qui rêve d’aller aux Etats Unis. Il y parvient finalement mais est vite déçu. En 1919, il revient en Russie comme soldat de l’armée américaine. Il décide de quitter cette armée et de rejoindre l’Armée rouge. Après la guerre civile il sera mécanicien sur un paquebot.


«Горизонт» — советская чёрно-белая драма 1932 года режиссёра Льва Кулешова. Премьера фильма состоялась 30 января 1933 г.
Николай Баталов — Лёва Горизонт
Елена Кузьмина — Рози
Михаил Доронин — дядя Лёвы Горизонта
Михаил Доллер — Смит
Дмитрий Кара-Дмитриев — часовщик
Порфирий Подобед — Ден
Иван Бобров — надсмотрщик
Андрей Горчилин — Моня
Сергей Комаров — унтер / американский полицейский / поп
Пётр Галаджев — раввин / солдат
Дмитрий Зольц — Кларк
Д. Дмитриади — Джузеппе
Константин Хохлов — фабрикант
Николай Акимов — партизан
Николай Гладков — шкет
Леонид Любашевский — контрабандист
Владимир Уральский — партизан (нет в титрах)
Николай Крючков — партизан (нет в титрах)
Андрей Файт — офицер (нет в титрах).
1932 год

 

Не сладко живется еврею – ремесленнику-часовщику Лёве Горизонту в царской России. Америка представляется ему обетованной землей. Когда Горизонт получает из Америки приглашение своего дяди приехать к нему, счастью Лёвы нет предела. Не теряя времени, он направляется в полицейский участок, чтобы оформить свой отъезд. Но вместо Америки Лёва Горизонт попадает новобранцем в царскую армию. Он дезертирует. Преодолев огромные трудности, Лёва достигает Америки. С первых же шагов его ждет разочарование: дядя оказывается безработным. Несколько лет живёт Лёва в Америке. На своём опыте он убеждается, что эта страна является « обетованной землей » лишь для капиталистов. Наступает 1919 год. Горизонт в качестве солдата американской армии попадает на север России. Здесь он переходит на сторону Красной Армии и вместе с собой приводит других солдат…

 

 

 

Lev KOULECHOV

L’un des pères fondateurs de la cinématographie soviétique. Il a quinze ans quand meurt son père, lequel, après avoir étudié peinture et dessin, avait dû accepter une carrière de secrétaire-dactylographe. Il s’établit alors à Moscou avec sa mère, institutrice. Il y fréquente l’École des beaux-arts. Il entre en 1916 au studio Khanjonkov comme décorateur. Il travaille à une dizaine de films et se forme auprès de l’excellent cinéaste tsariste Evguéni Bauer, le premier en Russie à tenir compte des valeurs picturales de l’image cinématographique. Pour À la recherche du bonheur (Za sast’e) de Bauer (1917), il est assistant, décorateur et même acteur. Il réalisera ses deux premiers films (le Projet de l’ingénieur Pright et Chant d’amour inachevé) en 1918, avant donc la nationalisation du cinéma.1919-20 : chef des actualités auprès de l’Armée rouge, il rassemble des matériaux pour les Chroniques du VFKO (Direction panrusse du cinéma). Il tourne avec Édouard Tissé, qu’il persuade de traiter le reportage dans le même esprit que la fiction selon un plan de montage. Fin 1919 : observateur puis factotum à l’Institut technique du cinéma (le futur VGIK), il improvise une section de rattrapage pour les candidats refusés. Ses brillants résultats impressionnent si fort la direction passéiste de l’école qu’elle l’autorise à fonder son propre collectif au sein de l’Institut. De ce « laboratoire » feront partie Aleksandra Khokhlova, Leonid Obolenski, Serge Komarov, Vsevolod Poudovkine, Boris Barnet, Vladimir Foghel, A. Reikh, Mikhaïl Doller, Valeri Inkijinov. Avec ses élèves, Koulechov tourne en 1920 un « film policier révolutionnaire », Sur le front rouge, qui mêle séquences documentaires et séquences jouées. Dans son séminaire, qu’il conçoit à la façon des ateliers de la Renaissance, Koulechov révèle ses grands dons de pédagogue. Il unit théorie et pratique. Il met au point une doctrine et une méthode. En 1917 déjà, il a publié des textes de réflexions théoriques, insistant sur le rôle de la lumière dans la dramatisation du décor et la plastique de l’image. Dès 1918, il a défini le montage comme le propre du cinéma. Un film se construit à la table de montage. Le réalisateur en est l’unique auteur. Les plans doivent être simples, lisibles, expressifs afin de pouvoir être vite et correctement perçus par le spectateur. Le rythme est le véritable contenu du film ; c’est lui qui décide des réactions et des pensées du public. Bientôt Koulechov sera taxé de « formalisme techniciste », se verra injustement accusé d’indifférence au sujet et à la « commande sociale ». Son « américanisme » lui sera aussi beaucoup reproché. Or, dans le policier, le serial, le film d’action, le burlesque, Koulechov voit un antidote au divisme, à la psychologie décadente du cinéma tsariste, et la possibilité d’un art authentiquement populaire.Par nécessité, le collectif s’adonne d’abord (jusqu’en 1923) à des « films sans pellicule » : sketches dramatiques muets, découpés en plans grâce à un jeu de rideaux, joués et enchaînés avec la rapidité d’une projection de film. Ces exercices illustrent l’importance de la stylisation du jeu comme du décor et l’utilité de répéter minutieusement un film avant son tournage. Koulechov procède de l’esprit de rationalité et d’efficacité typique du constructivisme. Pour lui aussi l’artiste est un constructeur, un ingénieur. Le jeu de l’acteur, « modèle vivant », doit être mécanisé, planifié, taylorisé. La biomécanique exige la supermarionnette plutôt que l’homme vivant. Les expériences de Koulechov sont célèbres. Elles établissent qu’avec le montage le cinéaste peut créer aussi bien l’expression de l’acteur (c’est l’« effet Koulechov », vérifié avec Mosjoukine) qu’un espace, qu’un corps, qu’une action imaginaires (un personnage réel sera impliqué dans des aventures auxquelles il n’a nullement participé)…

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