Tchekhov, le rêve ou la vie ? (1/4) – « Platonov », être sans père

 

LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth
Tchekhov, le rêve ou la vie ? (1/4)

À 17 ans, Tchekhov écrit sa première pièce qu’il propose à une grande comédienne qui la lui refuse. Il remise le texte jusqu’à sa mort en 1904. Mais en 1920, on redécouvre ce manuscrit oublié qui ne correspond à aucun canon dramaturgique mais qui inclue toutes les autres pièces. Qui est Platonov ?

Tchekhov en 1899 entouré des comédiens de la Moscow Art Theatre Company
Tchekhov en 1899 entouré des comédiens de la Moscow Art Theatre Company Crédits : Fine Art Images/Heritage Images – Getty

Anton Tchekhov, 1860-1904, dont on sait peu de choses sur la biographie, est un auteur théâtral de génie dont la plume sublime exprime et dévoile une douloureuse lucidité.
La toute première pièce de Tchekhov, qu’on nomme aujourd’hui Platonov, écrite autour de 1878 et jamais jouée de son vivant, est cruelle et drôle. Chaque tirade, de manière flamboyante, est l’occasion d’une réflexion très lucide et très juste sur la nature humaine et sur la Russie…

Les invités du jour :

  • André Markowicz, poète et traducteur
  • Françoise Morvan, écrivaine et traductrice

L’origine de « Platonov »

En 1877, à 17/18 ans, Tchekhov écrit « Platonov ». Dans cette pièce, il y a plein de choses liées à cette année de 1877, Tchekhov écrit avant que Dostoïevski ne commence à écrire « Les Frères Karamazov ». 1877 est aussi l’année où « Anna Karénine » paraît en volumes. C’est en fait la grande époque de ce qu’on appelle faussement, mais quand même, le roman russe, ce qui explique aussi beaucoup de choses de ce texte qui est une pièce de théâtre mais aussi un roman… Tchekhov envoie en 1878 le texte à la plus grande actrice de l’époque qui est Maria Iermolova, qui lit la pièce et la refuse… Plus personne n’entend parler de cette pièce. Tchekhov meurt en 1904 et en 1920 on découvre qu’il a un coffre dans une banque, on l’ouvre et on y découvre deux choses : le manuscrit d’une pièce sans titre (« Platonov »)et le réticule de sa mère… Et c’est d’ailleurs le seul manuscrit qu’on ait gardé. La pièce paraît en 1923 et commence à être jouée beaucoup plus tard, c’est une pièce qui ne correspond à aucun canon dramaturgique d’aucune sorte mais qui en elle-même, inclue toutes les autres pièces de Tchekhov…
André Markowicz

Platonov, un personnage de roman

Platonov, en gros, c’est un personnage d’après Dostoïevski, face à cette génération des pères libéraux bien pensants gentils, nuls, se dresse une  génération de fils cyniques qui n’ont pas d’héritage, c’est le grand questionnement de toute la littérature russe de tout le 19ème siècle. Que fait-on avec l’héritage des pères qui sont nuls ? Les pères sont défaillants, absents, ils ne comprennent rien à la vie réelle et toutes les générations d’écrivains russes depuis 1840 remettent en cause l’idée même d’héritage, Platonov est en quelque sorte l’ultime instance de cela. C’est le moment où les pères sont absents mais heureusement absents. Le père de Platonov était un monstre bienveillant.
André Markowicz

Les personnages de « Platonov » et leurs grandes idées

Platonov, de la génération des fils, épouse Sacha, de la génération des filles. Elle se présente comme l’héritière des russophiles, elle porte une vêture très particulière qui montre qu’elle veut aller vers le peuple, elle a de grandes idées, elle veut redonner à la Russie sa place d’après la culture populaire… Tous les personnages ont des grandes idées, tous sont porteurs d’une forme soit de nihilisme, soit de grande bonne volonté de refaire la société.
Françoise Morvan

« Platonov » et sa modernité

Rien ne correspond à rien, aucune catégorie préexistante ne correspond à la réalité et la pièce même dit ça ! C’est la première fois dans le théâtre russe qu’il y a des rôles de femme qui cassent tous les cadres sociaux… Au tout début de la pièce on voit une femme en état de faiblesse et de tristesse mais c’est en fait une femme forte et seule, qui revendique son droit au bonheur, ce qui dans la littérature russe est rarissime… On la voit boire, fumer, ce qui en soit est hallucinant. Je pense que c’est la raison principale du refus de la grande comédienne Maria Iermolova de jouer cette pièce, c’était le fait qu’elle boive sur scène, séduise, fume…
André Markowicz

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