Les ailes (1966) de Larissa Chepitko

LES AILES – КРЫЛЬЯ

URSS . 1966 . N&B . 1h25

Production : Mosfilm

Réalisation : Larissa Chepitko

Scénario : Valentin Ejov, Natalia Riazantseva

Image : Igor Slabnevitch

Musique : Roman Ledenev

Avec : Maïa Boulgakova, Jeanna Bolotova, Panteïlemon Krylov, Léonide Diatchkov, Vladimir Gorelov, Rimma Nikitina-Markova…

Nadezhda Petroukhina, ancienne pilote de chasse auréolée de nombreuses victoires, ne peut oublier son passé à la fois glorieux et dramatique. Ses blessures de guerre ne lui permettent plus d’exercer le métier d’aviatrice. Bien qu’elle soit devenue une femme respectable, directrice d’une école d’apprentissage et députée au Conseil communal, elle se sent seule et incomprise. Ses rêveries autour du terrain d’aviation lui rappelle l’appel du ciel.

Deuxième long-métrage de Larissa Chepitko, Les ailes suit une femme, Nadia, pendant un temps assez court et dessine en nuances son portrait poignant. Sans grandes explications, par une suite de séquences qui relèvent de l’anodin pour la plupart, il accompagne d’une caméra délicate et attentive l’ancienne pilote dans ses activités quotidiennes, mais à un moment de forte remise en question. Ce changement qui ne prendra forme de manière énigmatique qu’à la fin est préparé par de menus détails, qui, à la manière d’un puzzle, s’assemblent peu à peu. C’est la visite au musée où une petite fille demande si elle est morte, c’est la caricature qu’ont dessinée les élèves de son école, c’est, dans un bus bondé, tout le monde qui se retourne sauf elle … Autant de courts moments qui font d’elle un être décalé, mal dans sa vie et mal dans son temps. Elle est non seulement d’une autre époque, celle de la guerre et des combats, mais aussi d’un autre espace : se voulant aérienne (les quelques plans vus du ciel en sont autant de preuves en même temps que des ponctuations récurrentes), elle ne cesse de marcher, filmée quelquefois de dos, et de buter contre des obstacles ; et c’est surtout dans les relations humaines qu’elle échoue : délaissée par sa fille, rejetée par un élève qui, dans une séquence éprouvante, finit par lui dire qu’il la déteste, elle ignore son soupirant et, quand elle le demande en mariage, sa demande est pathétique et à contretemps. Elle trouve son double en la personne d’une concierge qui la supplie de lui parler mais ne peut ouvrir sa porte. On le voit, l’accumulation de détails mis bout à bout fait sens, surtout que les dialogues, elliptiques ou avortés, accentuent l’impression de vide et d’incommunicabilité.

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© Potemkine

Larissa Cheptiko excelle à définir en creux son personnage, la lestant d’un amour perdu pendant la guerre, filmant au plus près le beau visage d’une actrice éblouissante et sobre. D’une idée toute simple, elle fait un plan parfait : un exemple parmi cent autres, quand elle écoute l’enregistrement, le cadrage équilibré saisit son visage baissé (on ne voit que les cheveux) et les bobines qui défilent devant elle. On comprend mal de quoi parle l’enregistrement, on ne sait pas si elle pleure, jusqu’à ce que, juste avant la coupe, elle révèle des traits fermés. Séquence courte, énigmatique, qui densifie les contours d’un caractère fier, maladroit dans les rapports humains. Mais la cinéaste lui réserve deux moments de bonheur, très beaux, aériens eux aussi : sa danse avec la serveuse, gratuite, et vers la fin, quand les jeunes aviateurs poussent son avion et qu’elle alterne rire et larmes. Moments de grâce indéniables, sans fioritures, presque purs.
Si Cheptiko privilégie le gros plan, c’est qu’elle tente de résoudre une énigme. Voir de plus près, est-ce mieux voir ? C’est un peu la question que posait Cassavetes dans Faces, et la réponse est sensiblement la même : la caméra s’approche, scrute, mais toujours elle bute contre le mystère essentiel. Le visage signifie, mais toujours moins que la pensée, ou, si l’on veut, l’âme, qui, elle reste inaccessible. N’empêche, à la fin de ce court film, on a l’impression d’avoir approché une femme, de l’avoir un peu comprise, et, lorsqu’elle s’envole dans la magnifique séquence finale, on ne peut que prolonger mentalement ce parcours, ému, bouleversé.

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François Bonini

 

 

 

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