Soljenitsyne, quel héritage?

Soljenitsyne aurait eu 100 ans cette année. L’auteur de « L’Archipel du Goulag » est relativement méconnu. Son œuvre littéraire et politique peut cependant nous aider à penser notre époque.

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Le 11 décembre 2018, on commémore le centième anniversaire de la naissance d’Alexandre Soljenitsyne (1918-2008). L’écrivain russe qui est, il faut l’avouer, un peu oublié des jeunes générations. Pourtant, ses œuvres, en tête desquelles on peut mentionner « Une journée d’Ivan Denissovtich » (1962) mais aussi la plus connue, « L’Archipel du Goulag » (1972), restent dans les mémoires comme de vibrants appels à la résistance devant toutes les formes de totalitarisme. Certes, les combats de Soljenitsyne restent inscrits dans des contextes bien précis qui ne sont plus ceux d’aujourd’hui. L’enjeu est de ne pas le récupérer mais de le comprendre comme lui-même voulait être compris. Qules ressources nous laisse-t-il pour affronter les combats d’aujourd’hui, au service d’une certaine idée de la liberté ?

 

« Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur Terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés. »
Alexandre Soljenitsyne, discours prononcé à Harvard en 1978

 

SOLJENITSYNE EN 2018

En 2018, on commémore les 10 ans de sa mort de l’écrivain et les 100 ans de sa naissance. Parmi les événements organisés pour faire connaître l’écrivain et son œuvre, l’initiative du Collège Supérieur, à Lyon. Du 19 septembre au 19 décembre, un grand cycle d’ateliers et de conférences est consacré à Alexandre Soljenitsyne, sur le thème « Vivre sans mentir ».

Une tournée Soljenitsyne. L’ancien ministre et député Hervé Mariton est en tournée dans plusieurs villes de France pour interpréter le fameux discours de Harvard, que Soljenitsyne a prononcé en 1978. Russophone, lauréat du concours général de russe 1974, Hervé Mariton est passionné aussi bien par la langue russe que pour l’œuvre de Soljenitsyne. Dans laquelle il puise son « inspiration politique ».

COMMENT LIRE SOLJENITSYNE ?

D’Alexandre Soljenitsyne on garde souvent l’image de l’homme appelant au sursaut des consciences. Or il était aussi un grand écrivain. Yves Hamant, qui a été l’un des premiers traducteurs de « L’Archipel du goulag » regrette que ses textes littéraires ne soient pas plus connus et valorisés. « Pour aborder Soljenitsyne, il faut commencer par ses œuvres littéraires et non pas par ses essais politiques », recommande-t-il. Car en effet, si « L’Achipel du goulag » a produit un tel choc, ce n’est pas parce qu’il a révélé l’existence des camps staliniens – d’autres ont pu le faire avant lui, mais par « la force de son écriture ». Pour Bruno Roche, l’ouvrage le plus célèbre de Soljenitsyne n’est autre qu’un essai « d’investigation littéraire » et Soljenitsyne lui-même était d’ailleurs « un investigateur littéraire ».

Néanmoins, Yves Hamant l’admet, « l’écriture de Soljenitsyne est très particulière très difficile ». Et si « L’Archipel du goulag » est « un grand texte littéraire », sans doute faut-il pour découvrir cet écrivain, commencer par lire « Une journée d’Ivan Denissovitch », si on suit les conseils d’Hervé Mariton, qui recommande aussi « La Maison de Matriona » (1963), où Soljenitsyne se dévoile esthète, poète et spirituel.

LA CONSCIENCE DU MENSONGE

Élevé dans la tradition orthodoxe, comme beaucoup de sa génération Alexandre Soljenitsyne s’en est détaché pour adhérer à l’idéologie communiste – un parcours « assez soviétique », comme le décrit Yves Hamant. Après son arrestation en 1945 pour avoir critiqué Staline dans un échange épistolaire, il est envoyé au goulag. Il y restera jusqu’en 1953. Plus tard, la publication (et le succès) de « L’Archipel du Goulag » lui vaut d’être à nouveau arrêté le 12 février 1974, puis exilé jusqu’en 1994.

La conscience du mensonge. Parallèlement à l’œuvre, le cheminement intellectuel et spirituel de Soljenitsyne est tout à fait fascinant. Jeune homme intégré dans une dynamique sovétique, il a d’abord fait le constat d’une certaine incapacité des autorités soviétiques pendant la guerre. Petit à petit c’est la prise de conscience de « l’érection du mensonge comme système d’État », qui fait de lui un grand penseur de la vérité. « La conscience que prend Soljenitsyne que ce système soviétique institutionnalise le mensonge… qui fait que les consciences ne peuvent plus se dire à elles-mêmes la vérité… ne peuvent plus la publier, je crois que ça a été un élément tout à fait déclencheur de son destin d’écrivain », considère Bruno Roche.

 

INVITÉS

  • Hervé Mariton , maire de Crest (Drôme), ancien député (UMP)

  • Yves Hamant , spécialiste de la Russie, professeur émérite des universités, ancien attaché culturel en URSS

  • Bruno Roche , philosophe, directeur du Collège Supérieur (Lyon)

 

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