De la paix à la guerre : les habitants de Minsk face aux violences d’occupation allemandes (juin 1941 – février 1942)

Minsk fut prise par les Allemands le 28 juin 1941, à la suite d’une semaine de bombardements intensifs. La population désorientée avait accueilli les occupants avec circonspection mais aussi avec l’espoir que, la guerre étant ainsi terminée pour eux, les occupants mettraient bientôt en place les cadres nécessaires à l’intégration de la ville dans le nouvel empire ainsi créé. Dès le début de 1942, les occupants eux-mêmes constataient cependant que la population leur était devenue hostile. Les violences d’occupation nazies furent le facteur fondamental de ce divorce. Le rejet des violences anticommunistes et antisémites nazies, signe de l’échec des occupants à rallier la population à leur « guerre contre le judéo-bolchévisme », se combina à l’hostilité aux occupants suscitée au sein de la population de la ville par la politique de famine et de terreur qu’ils imposaient, dans un processus cumulatif menant à une rupture radicalisée entre occupants et occupés. Alors que, pour les habitants de Minsk, l’occupation allemande avait semblé mettre un terme précoce à la guerre, les violences nazies firent renaître le conflit entre occupants et occupés, scellant l’échec politique de l’occupation nazie dès la fin du premier hiver.

par Masha Cerovic

Université de Paris I, (ENS et IHTP)

Après une semaine de bombardements intensifs, les Allemands prirent le 28 juin 1941 la ville de Minsk, capitale de la RSS de Biélorussie, et y restèrent jusqu’à sa libération par l’Armée rouge, le 3 juillet 1944. Pour la population de Minsk, sous le choc de l’effondrement soudain et total du système soviétique, l’arrivée des Allemands signifia d’abord la fin de la guerre. Dès le début, cependant, cette occupation se caractérisa par l’extrême violence déployée par les occupants, dans une politique de terreur et d’exploitation qui s’inscrivait dans leur projet d’anéantissement du système soviétique et d’asservissement de la population des territoires soviétiques occupés. Cette violence multiforme, dont le caractère systématique apparut progressivement à la population, suscita une incompréhension, puis une hostilité de plus en plus accentuée de la population. Ce qui semblait devoir être une sortie de guerre se transforma peu à peu pour la population en un conflit nouveau, opposant les occupants et les occupés. La réaction de la population à la première phase des violences d’occupation, jusqu’à la fin de l’hiver 1941-1942, est essentielle à la compréhension de ce divorce entre occupants et occupés qui permit la radicalisation du conflit en territoire occupé à partir du printemps 1942. Cette analyse est fondée essentiellement sur les archives des Einsatzgruppen et des autorités allemandes d’occupation, complétées par les sources russes publiées [1][1]  Ces fonds ont été exploités dans la maîtrise d’histoire….

I. L’ÉTÉ 1941 : ATTENTES ET DÉSILLUSIONS

Le traumatisme de l’effondrement du système soviétique et la sortie de guerre des habitants de Minsk

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À leur arrivée, les Allemands trouvèrent une ville plongée dans le chaos le plus complet. En entrant dans la ville le 28 juin 1941, les membres de l’administration militaire allemande constataient que « Minsk [… avait] été détruite aux trois quarts par les bombardements aériens et les incendies » [2][2]  Bundesarchiv (ci-après BA) R 43 II/691 : « Minsk […]… ; selon le bilan dressé par l’Einsatzgruppe B le 12 juillet 1941, « le centre a été entièrement détruit par les incendies dus aux bombes. […] La ville est sans lumière et sans eau » [3][3]  BA, R 58/214 : « Das Zentrum ist durch Bombenbrand…. Les quartiers d’habitation avaient été particulièrement touchés, tandis que les installations industrielles en banlieue ainsi que le quartier de la gare avaient été relativement épargnés, signe que les bombardements de la Wehrmacht visaient moins à détruire des cibles militaires stratégiques qu’à anéantir la ville même, conformément au projet de désurbanisation des nazis pour les territoires soviétiques [4][4]  Voir, à ce sujet, Christian Gerlach, Kalkulierte Morde :…. Aussi, comme en témoignait le « rapport sur les événements en URSS » no 17 du 9 juillet 1941, « la population rentre par milliers dans les villes, où elle ne trouve plus que des ruines et aucune possibilité de vivre » [5][5]  BA R 58/214 : « Die Bevölkerung kehrt zu Tausenden…, si bien que « les pillages sont pleinement en cours malgré de sévères contre-mesures » [6][6]  Ibid., R 58/214 : « Plünderungen sind trotz scharfen….

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Ce chaos était accentué par le départ des autorités soviétiques et l’évacuation, organisée ou spontanée, de plus de la moitié de la population de la ville. Le 20 juillet 1941, Kraaz, à la tête du département « Administration militaire » de la Feldkommandatur 812 (Minsk-Land), décrivait ainsi l’effondrement de toutes les structures étatiques biélorusses, centralisées à Minsk :

« D’un point de vue administratif, la ville était […] une sphère complètement dépourvue d’administration […]. On n’a trouvé aucun fonctionnaire public. L’écrasante majorité des bâtiments publics était de plus détruite, brûlée ou pillée de telle sorte que tous les documents servant à l’administration (lois, directives administratives, matériel cartographique et statistique) faisaient défaut. » [7][7]  Ibid., R 43 II/691 : « Verwaltungsmässig war die Stadt […]…

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Du fait de l’absence des fonctionnaires soviétiques et de la désorganisation des kolkhozes, le système de ravitaillement de la ville n’existait plus, tandis que les usines, faute de pièces de rechange pour réparer les machines et du fait de l’évacuation des ouvriers qualifiés, ne fonctionnaient plus. Face à cet effondrement inattendu du système soviétique, la population se tourna vers les occupants avec l’espoir que ceux-ci assurent rapidement un retour aux conditions de vie du temps de paix. Trois rapports d’officiers du renseignement militaire en Biélorussie, au début du mois de juillet 1941, rapportaient que les premières questions que la population posaient aux nouveaux occupants étaient : « Quand allez-vous nous donner du pain ? […] Quand allons-nous pouvoir retravailler ? » [8][8]  Ibid., R 90/126 : « Wann geht ihr uns Brot ? […]…

La mise en place de la politique de violence nazie

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Dès l’été 1941, les habitants durent cependant faire face à la première vague des violences d’occupation, qui s’inscrivaient dans le cadre de la politique d’occupation nazie définie dans les directives reçues par l’armée et les forces d’occupation, connue sous le nom d’ « ordres criminels » (Kriminalbefehle) [9][9]  Voir, pour les détails, Christian Gerlach, op. cit.,… et dans les plans établis par les différents ministères, notamment le « plan vert » (Grüne Mappe), élaboré par les responsables du plan quadriennal, précisé par les « directives de politique économique pour l’organisation économique Est » (Wirtschaftspolitische Richtlinien für Wirtschaftsorganisation Ost) [10][10]  Ibid., p. 48 sq..

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Les principes de cette politique étaient ainsi résumés par l’Einsatzgruppe B dans l’ErM du 3 août 1941 : « Frapper le plus effectivement possible la couche dirigeante judéo-bolchévique sans d’un autre côté déranger, plus qu’il n’est absolument nécessaire, la mobilisation de l’économie russe pour la poursuite de la guerre allemande. » [11][11]  BA, R 58/215 : « Die jüdisch-bolschewistische Führungsschicht…

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Pour mener à bien cette élimination des cadres communistes et des élites juives, les occupants regroupèrent dans un camp la population masculine de la ville, voisin du camp de prisonniers militaires (officiellement « camp de transit », Dulag), où se trouvait une partie des 323 000 soldats de l’Armée rouge faits prisonniers lors de l’encerclement par la Wehrmacht de Bialystok et Minsk. Le 10 juillet 1941, de Xaver Dorsch, chef de la centrale de l’organisation Todt, à Rosenberg, dressait un tableau des conditions de vie dramatiques des prisonniers :

« Le camp de prisonniers de Minsk accueille dans un espace qui n’est pas beaucoup plus grand que la Wilhelmplatz environ 100 000 prisonniers de guerre et 40 000 prisonniers civils. Les prisonniers qui sont entassés dans cet espace étroit peuvent à peine bouger et sont obligés de faire leurs besoins à l’endroit où ils se trouvent justement. […] La surveillance du camp n’est possible, étant donné la faiblesse numérique du commando de garde, que grâce à l’utilisation de la force la plus brutale. […] Les prisonniers civils sont les hommes de 15 à 50 ans de Minsk et des environs. […] Pendant la nuit, les civils affamés assaillent ceux qui ont reçu des provisions [de leurs familles] et s’entretuent ainsi pour avoir un morceau de pain. […] Il n’est plus guère possible d’éviter que ne se déclare une terrible épidémie. […] Les prisonniers de guerre, pour lesquels le problème de l’approvisionnement n’a guère de solution, sont en partie sans nourriture depuis six à huit jours et ne veulent dans leur apathie suscitée par la faim qu’une seule chose : trouver quelque chose de mangeable. » [12][12]  Ibid., R 6/27 : « Das Gefangenenlager Minsk beherbergt…

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C’est dans ce contexte que se déploya « l’activité exécutive » des Einsatzgruppen,en collaboration avec la Geheime Feldpolizei (police militaire secrète). Selon l’ErM du 28 juillet 1941, ils y procédaient à 200 exécutions par jour en moyenne [13][13]  Ibid., R 58/215.. Le 24 juillet, l’Einsatzgruppe B pouvait ainsi annoncer que, « à Minsk, toute l’intelligentsia juive (instituteurs, professeurs, avocats, etc., exception faite des médecins) est à présent éliminée » [14][14]  Ibid., R 58/215 : « In Minsk ist nunmehr die gesamte…. Pendant cette première phase de violences « ciblées », la population était directement témoin des exécutions des victimes, prélevées en son sein à l’intérieur du camp de prisonniers.

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Les habitants étaient, de plus, directement victimes de la politique de ravitaillement de la Wehrmacht. Les responsables nazis avaient prévu que les troupes de la Wehrmacht devraient se nourrir sur le pays, ce qui entraîna des pillages massifs dès les premiers jours de l’occupation. La politique de pillage organisé, menée par les autorités d’occupation, venait aggraver les effets des pillages opérés par les soldats sur leur passage. Ainsi, l’Einsatzgruppe B insistait dans son rapport du 13 juillet (no 21) sur les conséquences catastrophiques de ces derniers pour la situation alimentaire dans la région :

« Les troupes allemandes réquisitionnent aveuglément et sans égards. On n’a pas pu constater d’ordres de réquisition valides. De même, il n’y a eu paiement que dans de très rares cas. Cette diminution du cheptel a pour conséquence qu’un approvisionnement normal de la population de la ville et des troupes est exclu à moins de porter très lourdement atteinte à la substance du cheptel. » [15][15]  Ibid., R 58/214 : « Von den deutschen Truppen [ist]…

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Le 15 juillet, le même Einsatzgruppe relevait : « À ce propos, la Feldkommandatur a prévu que seule une partie des dépôts saisis à partir de maintenant sera réservée à la troupe et que le reste devra être livré à la population. » [16][16]  Ibid., R 58/214 : « Hierzu ist von der Feldkommandatur… Cela signifie donc que, jusqu’à cette date, les habitants de la ville ne recevaient rien des réserves de nourriture, saisies par les occupants : trois semaines durant, ils avaient été entièrement livrés à eux-mêmes pour leur ravitaillement. Celui-ci était d’autant plus difficile que la population de la ville était soumise à un strict couvre-feu et n’avait pas le droit de circuler sans laissez-passer, ce qui signifie que les habitants, forcés d’aller s’approvisionner dans les kolkhozes environnants, prenaient des risques importants et permanents pour assurer leur survie.

II. LA POPULATION DE MINSK FACE À LA POLITIQUE D’EXTERMINATION NAZIE

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Rapidement ces premières violences d’occupation se transformèrent en une politique d’extermination à l’égard des Juifs et des prisonniers de guerre soviétiques, et de famine organisée contre les habitants de la ville.

Juifs et non-Juifs face au processus génocidaire

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Le ghetto de Minsk fut mis en place du 20 au 25 juillet 1941, dans une ville où la déségrégation spatiale des Juifs dans l’entre-deux guerres avait été totale, accompagnant une intégration sociale des Juifs dont témoignait le nombre élevé de mariages mixtes [17][17]  Bernhard Chiari, Alltag hinter der Front : Besatzung,…. Les 80 000 habitants du ghetto furent bientôt confrontés à la mise en place du processus génocidaire. À partir de la fin du mois d’août, les nazis commencèrent à exécuter des femmes et des enfants, signe du passage à la logique génocidaire, dans une proportion qui ne fit que s’accroître. Le nombre des victimes des « actions » des nazis et de leurs collaborateurs augmentait en parallèle. 100 Juifs furent exécutés pour la visite de Himmler le 15 août 1941. Une « grande action » à Minsk le 4 septembre entraîna l’exécution de 214 personnes [18][18]  BA, R 58/216. ; une « grande action » semblable deux semaines plus tard, le 23, vit la mort de 2 278 personnes en trois jours [19][19]  Ibid., R 58/217.. Au mois de novembre 1941, plusieurs milliers de Juifs trouvèrent encore la mort à Minsk, avec l’arrivée d’une unité de policiers lituaniens qui servirent de bourreaux aux nazis. Cette fois-ci, comme le rapportaient Ehrenbourg et Grossman, l’essentiel des victimes était composé de femmes, d’enfants et d’ « inaptes au travail », raflés pendant que les hommes valides étaient au travail [20][20]  Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman, Le Livre noir sur…. À la suite de ce massacre, plusieurs rues furent supprimées du périmètre du ghetto : l’intérêt pratique des exécutions du point de vue nazi, alors que la pénurie de logements à la veille de l’hiver pour la population biélorusse devenait une question brûlante, était ici évident. À l’automne et l’hiver 1941, les communautés juives des petites villes des alentours furent successivement liquidées ; les nazis éliminèrent la plus grande partie des Juifs de Minsk à l’été 1942 avant la liquidation définitive du ghetto en septembre 1943. L’intérêt matériel que retirait la population des violences antisémites nazies, dans une situation de pénurie grave de logements et de nourriture, assura aux occupants son assentiment, passif, à un certain nombre de ces mesures, en particulier la ghettoïsation.

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La réaction de la population non juive fut cependant nuancée, et assez différente de celles auxquelles se heurtèrent les Juifs dans d’autres régions est-européennes pour amener Hersh Smolar à écrire que, « sans l’aide fraternelle de la population biélorusse, pas un seul Juif ne serait resté en vie, et des milliers d’entre eux ont eu la vie sauve » [21][21]  Hersh Smolar, in Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman,…. S’il semble très exagéré de parler de « fraternité » au vu des difficultés rencontrées par les Juifs dans leurs relations avec les non-Juifs (les 8 000 à 10 000 Juifs qui ont réussi à fuir le ghetto de Minsk furent ainsi souvent confrontés à l’hostilité des partisans [22][22]  Kenneth Slepyan, « The Soviet Partisan Movement and…), les relations avec la population non juive furent, de fait, souvent moins mauvaises qu’en bien des endroits. L’ErM du 29 août 1941 – à un moment où les violences contre les Juifs étaient encore loin d’avoir atteint leur paroxysme – soulignait ainsi que,

« non seulement la population ne prend aucune mesure d’autodéfense contre les Juifs, malgré nos efforts, mais elle montre même souvent une incompréhension pour les mesures prises contre les Juifs du côté allemand [23][23]  BA, R 58/216 : « werden von der Bevölkerung trotz…. »

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De fait, il n’y eut aucun pogrom à Minsk et la participation directe de la population au génocide fut d’autant plus limitée que les occupants eurent d’importantes difficultés, surtout au début de la guerre, pour créer des forces de police locales, et ils firent donc appel à des Schuma (Schutzmannschaft-Bataillonen)ukrainiens et baltes pour les seconder dans leur entreprise génocidaire à Minsk. En août 1942, un informateur des Allemands confirmait ce rejet passif de la part des Biélorusses de l’entreprise génocidaire allemande :

« Pour les Biélorusses, il n’y a pas de problème juif. Cela est considéré comme une question complètement allemande, qui ne concerne en rien les Biélorusses. […] En général, les Juifs suscitent la compassion et sont plaints, et les Allemands sont considérés comme des barbares et des bourreaux de Juifs, car le Juif est autant un homme que le Biélorusse. » [24][24]  Ibid., R 93/126 : « Für die Weiruthenen gibt es kein…

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Le ghetto de Minsk, enfin, se distingue de tous les autres ghettos d’Europe de l’Est en ce que les Juifs du ghetto, et en particulier le Judenrat, considérèrent dès le début que leur seule chance de survie se trouvait dans la lutte hors du ghetto. Leur priorité fut d’établir des contacts avec la population non juive, en particulier avec le mouvement partisan, qu’ils soutinrent en lui fournissant du matériel, des vivres et des hommes. Ce choix des Juifs de Minsk suppose qu’ils étaient convaincus de n’être pas isolés du reste de la population et de pouvoir compter sur son aide, conséquence de l’intégration avancée des Juifs pendant l’entre-deux guerres, en contraste flagrant avec la situation des autres ghettos d’Europe orientale.

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Incompréhension, compassion, mais passivité, avec des cas isolés de solidarité active, au sein des partisans (combinée avec des cas de rejets ou d’hostilité de leur part) ou de la population civile (en particulier en ce qui concerne les conjoints non juifs), semblent ainsi définir la position des habitants de Minsk à l’égard du processus génocidaire.

Civils et prisonniers de guerre [25][25]  Voir, au sujet des prisonniers de guerre soviétiques,…

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La solidarité, passive ou active, des habitants à l’égard des prisonniers de guerre fut, quant à elle, beaucoup plus affirmée et joua un rôle nettement plus significatif dans le rejet par la population du projet nazi. Les conditions de détention dans le « camp de transit » (d’où les prisonniers n’étaient de fait que rarement transférés vers des Stalag) condamnaient à mort les prisonniers de guerre. En plus des rations alimentaires insuffisantes et de la situation sanitaire catastrophique, permettant le développement d’une épidémie de typhus dans le camp, le froid vint aggraver la situation. Des milliers de prisonniers étaient obligés de dormir dehors, par – 25 à – 30 oC, tandis que ceux qui le pouvaient s’entassaient dans des baraques en bois non chauffées – ainsi dans la baraque no 21 auraient dormi jusqu’à 6 500 personnes à la fois, avec 150 morts par nuit [26][26]  BstU AS 74/67, ZStL VI 319 AR-Z 43/70, cité dans Christian…. Dans le Stalag 352 à Minsk, il y avait, en janvier-février 1942, au moins 400 morts par jour, soit 2,2 % des prisonniers [27][27]  Christian Gerlach, op. cit., p. 822..

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Ceux qui avaient les chances de survivre le plus longtemps étaient ceux qui étaient capables de travailler, les besoins en main-d’œuvre étant cependant très réduits dans les premiers temps. Les travailleurs étaient soit dans des baraques séparées, soit dans des camps extérieurs, comme celui décrit par Gretchanik dans Le Livre noir :

« Le camp de la rue Chirokaïa. […] On y trouve des prisonniers de guerre […]. Les Allemands ont mis là comme chef un “Occidental”. Il ne fait pas de différence, il bat tout le monde […]. Dans le camp, les gens se font tuer pour n’importe quelle broutille. Beaucoup des détenus sont malades, on amène souvent des nouveaux. Au camp de la rue Chirokaïa, les gens sont vite au bout du rouleau. » [28][28]  Ehrenbourg et Grossman, op. cit., p. 275.

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L’incompréhension de la population face à la politique nazie à l’égard des prisonniers de guerre était totale. Les rapports allemands, ErM ou rapports de l’administration civile, relèvent de façon récurrente l’effet désastreux de cette politique sur les relations entre occupants et occupés. Un rapport sur la propagande à l’Est de janvier 1942 notait, par exemple : « Le sort des prisonniers de guerre pèse sur toute la propagande ; […] la population est souvent elle-même témoin du sort des prisonniers et devient en conséquence méfiante à l’égard des promesses. » [29][29]  BA, R 90/32 : « Die Gesamtpropaganda ist durch das…

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Les habitants de la ville voyaient le traitement des prisonniers de guerre soviétiques comme la traduction de la vision qu’avaient les Allemands de la population soviétique dans son ensemble, et les communistes exploitaient au maximum cette donnée en insistant sur le fait que le sort des prisonniers annonçait celui du reste de la population.

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Il semble que les habitants aient montré la même incompréhension à l’égard des mesures prises par les Allemands à l’encontre des déserteurs. Beaucoup de soldats pris derrière la ligne de front avaient abandonné leurs armes et rejoint les kolkhozes environnants, où ils formèrent une main-d’œuvre d’appoint particulièrement appréciée des paysans au moment de la moisson, alors que la plupart des jeunes hommes étaient partis. En septembre 1941, cependant, les occupants leur lancèrent un ultimatum, leur enjoignant de se constituer prisonniers dans un délai d’une semaine, délai au-delà duquel ils seraient considérés comme des partisans et exécutés. Nombre d’entre eux restèrent dans les kolkhozes ou passèrent dans la clandestinité, grâce à la solidarité de la population civile.

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On peut observer le fonctionnement de cette solidarité entre civils et prisonniers de guerre ainsi que son rôle dans le développement du mouvement partisan à partir de l’organisation d’une tentative de révolte dans le camp de prisonniers de guerre au début du mois de janvier 1942, déjouée par les Allemands grâce à un informateur. Selon l’ErM du 16 janvier 1942, la révolte devait commencer le 4 janvier au matin dans le camp, puis les prisonniers devaient couper les communications, s’armer et prendre le contrôle de bâtiments stratégiques de Minsk, à commencer par la piste d’aéroport. Celle-ci devait pouvoir être utilisée par des parachutistes soviétiques, tandis que les insurgés feraient la jonction avec un groupe de partisans dans les environs de Minsk, pour ensuite essayer, avec environ 10 000 prisonniers libérés, de percer le front allemand [30][30]  Ibid., R 58/220.. Trois types d’aide extérieure avaient été nécessaires aux prisonniers pour élaborer ce plan : d’abord, il leur avait fallu l’appui de l’Armée rouge, avec laquelle ils avaient réussi à établir un contact radio pendant vingt-trois jours avant l’intervention des Allemands ; ils avaient aussi eu besoin de contacts avec les groupes de partisans capables d’organiser leur fuite ; enfin, ils devaient compter sur l’aide de civils biélorusses, notamment les médecins qui pouvaient circuler dans le camp et qui servirent d’agents de liaison entre les 300 organisateurs du soulèvement, et des habitants de Minsk, par exemple d’une femme qui leur avait procuré un poste radio, mais aussi de personnes qui leur fournirent les plans de la ville et assuraient la liaison avec les partisans.

III. LE DIVORCE ENTRE OCCUPANTS ET OCCUPÉS

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Si le processus génocidaire contre les Juifs et le traitement des prisonniers de guerre ont joué un rôle non négligeable dans le discrédit des occupants aux yeux des habitants de Minsk, les violences d’occupation à l’encontre de la population civile furent déterminantes dans le divorce progressif entre occupants et occupés.

La famine organisée

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Dès l’été 1941, les occupants mirent en place une politique de non-ravitaillement puis de sous-ravitaillement de la ville qui réduisait pratiquement à la famine une grande partie de la population, en particulier tous ceux qui ne pouvaient travailler, puisque le rationnement était conditionné à l’utilité, pour l’occupant, des habitants. L’Einsatzgruppe B notait le 15 juillet que « la situation alimentaire dans la ville est pour l’instant encore catastrophique » [31][31]  Ibid., R 58/214 : « Die Ernährungslage ist zurzeit…, puis soulignait encore, le 29 août, que « la situation en ce qui concerne le ravitaillement des villes est […] inchangée » et qu’ « une partie des habitants n’a pas vu de pain depuis plusieurs jours » [32][32]  Ibid., R 58/216 : « Die Versorgungslage der Städte….

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La politique des autorités d’occupation civiles, qui prennent le relais de l’administration militaire au cours du mois de septembre 1941, resta dans la continuité de celle des autorités militaires. Leur priorité était de s’assurer un contrôle total de la circulation des denrées alimentaires et d’organiser la répartition en fonction des critères fixés par les nazis. Cela se traduisit par deux ensembles de mesures, visant d’un côté à empêcher à tout prix les habitants de s’approvisionner par eux-mêmes, de l’autre à mettre en place le rationnement en fonction des priorités allemandes.

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Les rations journalières maximales à accorder aux habitants ne furent établies que le 4 novembre 1941, ce qui signifie que, jusqu’à cette date, le ravitaillement de la population, quand il avait lieu, se faisait de façon particulièrement anarchique, comme en témoigne le « rapport sur les événements en URSS » no 73 du 4 septembre : « Pour l’instant, seul un petit pourcentage de la population est ravitaillé – à savoir, avant tout, seuls les collaborateurs qui travaillent directement pour des entreprises ou des administrations allemandes, ou ceux qui sont employés par les administrations municipales provisoires dans le cadre de la reconstruction. » [33][33]  BA, R 58/216 : « Bisher hat nur ein geringer Prozentsatz…

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Elles furent fixées pour les travailleurs à 214 g de pain, 571 g de pommes de terre, 14 g de viande, 14 g de matières grasses, soit 1 200 calories ; pour les non-travailleurs, à 214 g de pain, 286 g de pommes de terre, 10 g de matières grasses, soit 850 calories ; et pour les Juifs et les enfants, à 107 g de pain, 143 g de pommes de terre, 5 g de matières grasses, soit 420 calories [34][34]  Ibid., MA F 72745, cité par Christian Gerlach, op….. Ces chiffres, qui servaient seulement de référence, puisqu’ils étaient des maxima et qu’ils n’étaient pas communiqués aux Biélorusses, étaient donc déjà pour la plupart des habitants en dessous du minimum vital. Les occupants n’avaient cure de nourrir effectivement la population ; il s’agissait surtout pour eux d’assurer la survie des habitants qui leur étaient utiles. Dans une période où le chômage à Minsk était très élevé, le travail pour l’occupant devenait ainsi une nécessité vitale, forçant la population à l’accommodement avec l’occupant. Le sous-ravitaillement qui touchait même ceux qui réussissaient à trouver un travail – les rations étaient, en particulier, largement insuffisantes pour tous ceux qui avaient des personnes à charge – empêchait cependant que les habitants qui travaillaient pour l’occupant ne deviennent de véritables soutiens de l’ordre allemand. En effet, même en étant intégrés à cet ordre allemand, les habitants se trouvaient forcés de le contourner afin d’assurer leur survie.

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Le rationnement officiellement décidé était, de plus, non seulement insuffisant, mais aussi largement fictif. En effet, les Allemands se désintéressèrent en grande partie du ravitaillement de la ville, le laissant à la charge des autorités biélorusses, qui n’avaient pas les moyens de l’assurer. Les quelques magasins ouverts n’étaient souvent pas approvisionnés. Cette situation devint catastrophique à l’hiver, que les autorités d’occupation n’essayèrent même pas de préparer, comme le montre déjà l’ErM du 4 septembre :

« Alors qu’au début on parlait largement de la famine qui menaçait pendant l’hiver, l’avis général s’est à présent tourné vers l’idée que les Allemands prendront bien des mesures pour écarter cette famine. Certains habitants qui peuvent avoir une vision générale des mesures ordonnées jusqu’à maintenant pour l’hiver sont toutefois nettement plus sceptiques. » [35][35]  Ibid., R 58/216 : « Während man anfangs im grösseren…

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À cette date, donc, après que la vie de la ville eut commencé à se réorganiser, la population faisait confiance aux autorités d’occupation, à tort, comme le souligne avec cynisme le rapport, signalant qu’il s’agissait là d’une politique de famine calculée. Cette impréparation eut les effets attendus. La situation se détériora terriblement tout au long de l’hiver, comme le montre le bilan que dressait le rapport des territoires orientaux occupés du 16 février 1942 :

« Introduction de marchés impossible, car il n’y a aucune réserve de denrées alimentaires disponible à Minsk.

« […] La population de Minsk, qui compte exactement 120 000 habitants, reçoit chaque jour 15 g de beurre, 10 g de matière grasse, 30 g de levure et du sirop.

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« 35 000 travailleurs reçoivent en plus de maigres rations supplémentaires. » [36][36]  Ibid., R 58/220 : « Einführung von Märkten unmöglich,…

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Les autorités d’occupation n’avaient, en effet alors, plus qu’à constater les effets prévisibles de leur propre politique. Ceux-ci jouèrent un rôle majeur dans l’hostilité nouvelle de la population à l’égard des occupants. Le 27 mars 1942, le rapport sur les territoires orientaux occupés dressait ainsi le bilan de l’hiver en Biélorussie : le moral de la population y est « toujours tiède, même mauvais », entraînant « un comportement froid, souvent même résistant », qui vient de ce qui « n’est en partie plus seulement de la déception, mais même de l’amertume devant le manque de soutien et l’approvisionnement quotidien en pain (population de la ville) de la part des Allemands » [37][37]  Ibid., R 58/221 : « ist die Stimmung weiterhin lau,…. Aussi concluait-il qu’ « on n’accorde plus foi à la propagande allemande » [38][38]  Ibid., R 58/221 : « Der deutschen Propaganda wird….

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La situation alimentaire de la population était encore aggravée par la volonté des occupants de contrôler l’intégralité des circuits d’approvisionnement. Celle-ci se traduisit par des mesures visant à restreindre au maximum la liberté de mouvement des habitants. Les habitants, forcés d’aller s’approvisionner à la campagne, étaient alors considérés comme des Wanderer, des vagabonds, ou des Ortsfremde, étrangers au lieu, ce qui leur faisait courir un risque de mort. Il leur était, bien sûr, interdit d’utiliser tout moyen de transport pour se déplacer. Parallèlement, les Allemands s’efforçaient de lutter contre les « marchés noirs », les marchés des paysans, sur lesquels s’approvisionnaient largement les habitants, en recourant au troc. Minsk se retrouvait ainsi pratiquement en état de siège.

La population face à la politique de terreur nazie

33

L’hostilité croissante de la population à l’égard des occupants fut enfin nourrie par la politique de domination par la terreur que ceux-ci imposèrent. Leurs relations avec les habitants étaient marquées par une violence verbale et physique permanente. Ce comportement découlait en particulier de la vision nazie des Slaves comme des sous-hommes et de la mentalité obsidionale qui se développa chez les occupants. Le choc de l’arrivée dans un environnement inconnu et particulièrement difficile, leur ignorance de la culture et de la société biélorusses, leur hantise des partisans, les convainquirent progressivement qu’ils se trouvaient plongés dans un milieu hostile.

34

La violence quotidienne des occupants à l’égard de la population se combina avec une politique de terreur, dont les exécutions fréquentes étaient le marqueur. Elles pouvaient être la conséquence d’un contrôle d’identité au cours duquel la victime n’avait pu s’identifier de façon satisfaisante – elle était alors souvent soupçonnée d’être juive : l’ErM du 23 juillet 1941 signalait des « incidents regrettables » [39][39]  Ibid., R 58/215 : « mancherlei Unzuträglichkeiten… de ce type. Il pouvait aussi s’agir d’exécutions publiques, pour l’exemple, de personnes accusées d’être membres du Parti communiste – tous ceux qui avaient été épargnés lors de l’élimination des cadres à l’été 1941 vivaient ainsi dans le risque permanent de se voir dénoncés comme « communistes convaincus » – ou d’avoir aidé les partisans. La tenue de « propos anti-allemands », ce qui comprenait le fait d’émettre un doute sur l’issue de la guerre, était aussi passible de mort et constituait une accusation particulièrement dangereuse, dans la mesure où une accusation aussi vague, nécessairement fondée sur des ouï-dire, était presque impossible à réfuter. Les exécutions faisaient ainsi partie du quotidien des habitants. Le « rapport sur les événements en URSS » du 6 février 1942 signalait que, dans les dix derniers jours de janvier, 125 personnes avaient été exécutées ; une trentaine de ces exécutions n’est pas expliquée, toutes les autres sont exécutées soit pour avoir été communistes, soit pour avoir collaboré avec les partisans. Au-delà des justifications avancées par les occupants pour ces exécutions, le fait marquant pour la population était qu’il y avait alors en moyenne une dizaine d’exécutions arbitraires par jour à Minsk.

35

Celles-ci touchaient d’autant plus la population qu’elles ne visaient pas uniquement des personnes soupçonnées d’hostilité envers les occupants, mais sanctionnaient des comportements rendus nécessaires par les conditions de l’occupation pour la survie des habitants. On peut ainsi prendre l’exemple des sanctions encourues par les habitants qui « refusaient de travailler », en particulier lorsque, à partir de l’hiver, les occupants eurent effectivement mobilisé la population pour son effort de guerre. Les Allemands se heurtèrent en effet à une pratique de turn-over intensif, devenue dans les années 1930 une réponse habituelle des ouvriers soviétiques aux mauvaises conditions de travail, mais que les Allemands traitaient comme une « rupture de contrat de travail » et punissaient sévèrement [40][40]  Christian Gerlach, op. cit., p. 453.. D’autre part, le « refus de travailler » pouvait tout simplement correspondre à l’absence des ouvriers sur leur lieu de travail, que ce soit pour cause de maladie ou plus souvent parce qu’ils s’absentaient pour aller chercher de la nourriture. Le rapport des territoires orientaux occupés du 13 février 1942 illustre la politique des occupants à leur égard :

« À Minsk, ont été arrêtées entre le 1er et le 4 avril 1942 en tout 123 personnes, dont 80 pour refus de travailler. Comme les cas de refus de travailler se sont multipliés dans les derniers temps, […] cinq personnes qui refusaient de travailler sont passées devant le peloton d’exécution devant le personnel réuni d’une usine. Pour le reste, les personnes qui refusent de travailler sont envoyées sans exception pour trois à cinq mois au camp de travail SS. » [41][41]  BA, R 58/220 : « In Minsk wurden in der Zeit vom 1….

36

Trois jours plus tard, le rapport du 16 février signalait encore 23 condamnations au camp de travail.

37

La violence quotidienne, conséquence de la politique de terreur et de famine imposée par les occupants, à laquelle étaient soumis les habitants de la ville, renforça ainsi l’incompréhension de la population à l’égard de la « guerre contre le judéo-bolchévisme » menée par les nazis, traduite par le rejet des violences à l’égard des Juifs et des prisonniers de guerre soviétiques, pour sceller l’échec politique de l’occupation nazie à Minsk. Une hostilité nouvelle s’instaura entre occupants et occupés, générant une nouvelle culture de guerre à Minsk, qui constitua le terreau de l’essor du mouvement partisan à partir du printemps 1942, de la re-idéologisation de la guerre pour les habitants, et finalement de la victoire idéologique autant que militaire du système soviétique à Minsk, qui fut décorée après la guerre du titre de gorod-geroi, ville héroïque.

Notes

[1]

Ces fonds ont été exploités dans la maîtrise d’histoire contemporaine Les habitants de Minsk face à l’occupant allemand, préparée sous la direction de Mme le Pr Marie-Pierre Rey.

[2]

Bundesarchiv (ci-après BA) R 43 II/691 : « Minsk […] war durch Fliegerangriffe und Brandstiftung zu ¾ zerstört. »

[3]

BA, R 58/214 : « Das Zentrum ist durch Bombenbrand völlig zerstört. […] Die Stadt ist ohne Licht und ohne Wasser. »

[4]

Voir, à ce sujet, Christian Gerlach, Kalkulierte Morde : Die deutsche Wirtschafts- und Vernichtungspolitik in Weissrussland, 1941-1944 (Meurtres calculés : la politique économique et de destruction allemande en Biélorussie, 1941-1944), Hambourg, Hamburger Éd., 1999, p. 372 sq.

[5]

BA R 58/214 : « Die Bevölkerung kehrt zu Tausenden in die Städte zurück, wo sie nur Ruinen und keine Lebensmöglichkeit mehr findet. »

[6]

Ibid., R 58/214 : « Plünderungen sind trotz scharfen Gegenmanahmen im vollen Gange. »

[7]

Ibid., R 43 II/691 : « Verwaltungsmässig war die Stadt […] eine völlig verwaltungsfreie Sphäre […]. Irgendwelche öffentliche Funktionäre wurden […] nicht vorgefunden. Die überwiegende Mehrzahl der öffentlichen Gebäude war zudem zerstört, ausgebrannt oder derart geplündert, dass jegliche verwaltungsmässige Unterlagen (Gesetze, Verwaltungsanordnungen, karthographisches und statistisches Material) fehlte (sic). »

[8]

Ibid., R 90/126 : « Wann geht ihr uns Brot ? […] Wann können wir wieder arbeiten ? »

[9]

Voir, pour les détails, Christian Gerlach, op. cit., p. 90 sq.

[10]

Ibid., p. 48 sq.

[11]

BA, R 58/215 : « Die jüdisch-bolschewistische Führungsschicht möglichst wirksam zu treffen, andererseits aber den Einsatz der russischen Wirtschaft für die deutsche Kriegsführung nicht mehr als unbedingt nötig zu stören. »

[12]

Ibid., R 6/27 : « Das Gefangenenlager Minsk beherbergt auf einem Raum von etwa der Grösse des Wilhelmplatzes ca. 100 000 Kriegsgefangene und 40 000 Zivilgefangene. Die Gefangenen, die auf diesem engen Raum zusammengepfercht sind, können sich kaum rühren und sind dazu gezwungen, ihre Notdurft an dem Platz zu verrichten, wo sie gerade stehen. […] Die Bewachung des Lagers ist bei der geringen Stärke des Wachkommandos nur möglich unter Anwendung brutalster Gewalt. […] Die Zivilgefangenen bestehen aus den 15 bis 50 jährigen Männern aus Minsk und Umgebung. […] In der Nacht fallen die hungernden Zivilisten über die Versorgten her und schlagen sich gegenseitig tot, um zu einem Stück Brot zu gelangen. […] Der Ausbruch einer entsetzlichen Seuche [ist] kaum mehr zu vermeiden. […] Die Kriegsgefangenen, bei denen das Verpflegungsproblem kaum zu lösen ist, sind teilweise sechs bis acht Tage ohne Nahrung und kennen in einer durch den Hunger hervorgerufenen tierischen Apathie nur noch eine Sucht : zu etwas Essbarem zu gelangen. »

[13]

Ibid., R 58/215.

[14]

Ibid., R 58/215 : « In Minsk ist nunmehr die gesamte jüdische Intelligenzschicht (Lehrer, Professoren, Rechtsanwälte usw. mit Ausnahme der Mediziner) liquidiert worden. »

[15]

Ibid., R 58/214 : « Von den deutschen Truppen [ist] wahllos und rücksichtslos requiriert worden. Gültige Requisitionsbescheinigungen konnten nicht festgestellt werden. Ebenso ist in den seltensten Fällen bezahlt worden. Diese Reduzierung der Viehbestände hat dazu geführt dass eine normale Fleischversorgung der Stadtbevölkerung und der Truppen ohne schwerte Gefährdung der Substanz am Viehbestand ausgeschlossen ist. »

[16]

Ibid., R 58/214 : « Hierzu ist von der Feldkommandatur vorgesehen, dass von jetzt ab von erbeuteten Warenlagern nur ein Teil für die Truppe in Anspruch genommen wird und der Rest der Zivilbevölkerung zugeführt werden soll. »

[17]

Bernhard Chiari, Alltag hinter der Front : Besatzung, Kollaboration und Widerstand in Weissrussland, 1941-1944 [La vie quotidienne derrière le front : occupation, collaboration et résistance en Biélorussie, 1941-1944], Düsseldorf, Droste Verlag, 1998, p. 233.

[18]

BA, R 58/216.

[19]

Ibid., R 58/217.

[20]

Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman, Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945 : textes et témoignages[Tchernaïa kniga], trad. du russe sous la dir. de Michel Parfenov, Arles, Actes Sud, 1995, p. 276.

[21]

Hersh Smolar, in Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman, op. cit., p. 320.

[22]

Kenneth Slepyan, « The Soviet Partisan Movement and the Holocaust », Holocaust and Genocide Studies, 14 (1), 2000, p. 1-27.

[23]

BA, R 58/216 : « werden von der Bevölkerung trotz unserer Anstrengungen nicht nur keine Selbsthilfemassnahmen gegen die Juden unternommen, sondern sie zeigt sogar vielfach eine Verständnislosigkeit für die deutscherseits gegen die Juden ergriffenen Massnahmen ».

[24]

Ibid., R 93/126 : « Für die Weiruthenen gibt es kein Judenproblem. Dieses wird als rein deutsche Angelegenheit angesehen, die die Weiruthenen nichts angeht. […] Die Juden werden allgemein bemitleidet und bedauert, und die Deutschen als Barbaren und Judenhenker angesehen, da der Jude ebenso ein Mensch ist, wie der Weiruthene. »

[25]

Voir, au sujet des prisonniers de guerre soviétiques, Christian Streit, Keine Kameraden. Die Wehrmacht und die sowjetischen Kriegsgefangenen, 1941-1945 [Pas camarades. L’armée allemande et les prisonniers de guerre soviétiques, 1941-1945], Berlin, J. H. W. Dietz Verlag, 1991.

[26]

BstU AS 74/67, ZStL VI 319 AR-Z 43/70, cité dans Christian Gerlach, op. cit., p. 811.

[27]

Christian Gerlach, op. cit., p. 822.

[28]

Ehrenbourg et Grossman, op. cit., p. 275.

[29]

BA, R 90/32 : « Die Gesamtpropaganda ist durch das Schicksal der Kriegsgefangenen belastet ; […] ist vielfach auch die Bevölkerung selbst Zeuge des Schicksals der Gefangenen und wird demzufolge Versprechungen gegenüber misstrauisch. »

[30]

Ibid., R 58/220.

[31]

Ibid., R 58/214 : « Die Ernährungslage ist zurzeit noch katastrophal. »

[32]

Ibid., R 58/216 : « Die Versorgungslage der Städte ist […] nahezu unverändert. […] teilweise [haben] Bewohner schon seit Tagen kein Brot mehr gesehen. »

[33]

BA, R 58/216 : « Bisher hat nur ein geringer Prozentsatz der Bevölkerung Anteil an der Versorgung und zwar nur die Arbeitskräften die unmittelbar für deutsche Betriebe oder Verwaltungsstellen arbeiten, oder solche, die für die provisorischen Stadtverwaltungen im Rahmen des Wiederaufbaus tätig sind. »

[34]

Ibid., MA F 72745, cité par Christian Gerlach, op. cit., p. 276.

[35]

Ibid., R 58/216 : « Während man anfangs im grösseren Umfange von drohender Hungernot im Winter sprach, hat sich die Auffassung nunmehr dahingehend gewandelt, dass die Deutschen wohl alle Manahmen treffen werden, um diese Hungersnot abzuwenden. Vereinzelte Einwohner, die einen Überblick über die für den Winter bisher veranlassten Manahmen gewinnen konnten, sind allerdings wesentlich skeptischer […]. »

[36]

Ibid., R 58/220 : « Einführung von Märkten unmöglich, da keinerlei Reserve an Nahrungsmitteln in Minsk vorhanden. […] Die rd. 120 000 Einwohner betragende Bevölkerung von Minsk erhält täglich pro Person 15 g Butter, 10 g Fett, 30 g Hefe und Sirup. 35 000 Arbeiter erhalten daneben noch eine kärgliche Zusatzverpflegung. »

[37]

Ibid., R 58/221 : « ist die Stimmung weiterhin lau, ja schlecht […]. Ihre kühle, ja oft resistente Haltung hat ihren Grund […] in der z.T. schon nicht mehr nur Enttäuschung, sondern sogar Verbitterung über die fehlende Unterstützung und die Herbeischaffung des täglichen Brotes (Stadtbevölkerung) von deutscher Seite ».

[38]

Ibid., R 58/221 : « Der deutschen Propaganda wird kein Glauben mehr geschenkt. »

[39]

Ibid., R 58/215 : « mancherlei Unzuträglichkeiten ».

[40]

Christian Gerlach, op. cit., p. 453.

[41]

BA, R 58/220 : « In Minsk wurden in der Zeit vom 1. bis 4.2.42 insgesamt 123 Personen festgenommen, darunter 80 wegen Arbeitsverweigerung. Da sich in letzter Zeit die Fälle von Arbeitverweigerung häuften […] werden 5 Arbeitsverweigerer vor der versammelten Belegschaft eines Industriebetriebes standrechtlich erschossen. Im übrigen werden die Arbeitsverweigerer ausnahmslos auf 3 bis 5 Monate dem SS-Arbeitslager zugeführt. »

Source : https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2006-2-page-67.htm

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