Le Bonheur juif Film (1925)

 

Un paumé s’improvise marieur ; il se trompe et marie non point un homme et une femme, mais deux femmes ensemble. Adaptation du célèbre recueil « Menakhem Mendel le rêveur » de Scholem Aleikhem, fameux écrivain yiddish.
Date de sortie initiale : 1925
Réalisateur : Alexis Granowsky
Bande originale : Lev Pulver
Cinématographie : Édouard Tissé

Distribution : Solomon Mikhoels, Moisei Goldblat

Scénario : Isaac Babel, Isaak Borissowitsch Feinerman, Hryhoriy Zinoviyovych Hrycher

Commentaires et bibliographie

L’image du juif dans le cinéma soviétique : les fantômes du YiddishlandFrançoise NAVAILH, Cinéma et judéité, CinémaAction, éditions du Cerf, Paris, 1986

« La cinématographie soviétique est en plein essor. Elle se libère du mépris dans lequel elle tenait la forme. Un regard pertinent sur le cinéma comme œuvre d’art s’impose désormais. Il faut maintenant attendre des synthèses entre forme et contenu qui marqueraient la fusion entre la création artistique et la propagande.
Le Bonheur juif appartient à la période de transition. On n’y trouve pas cette composante de propagande indispensable au film soviétique. Le thème choisi n’a pas été aiguisé socialement comme il est de rigueur pour la cinématographie soviétique. Les auteurs ont choisi une série d’anecdotes de Cholem Aleichem à propos du pauvre Menkhem Mendel qui a tant de mal à obtenir son « bonheur juif »- un morceau de viande pour le samedi. Mais l’ensemble est réalisé sur un ton débonnaire. On n’en tire aucune conclusion. Les épisodes ne sont reliés que par le personnage du fiancé pauvre qui obtient à la fin sa promise. On pourrait supprimer des développements entiers sans gêne pour le développement du sujet microscopique.
Ce matériau n’a pas permis à A.Granovski de déployer ses qualités. Et pourtant en voyant ce film on peut penser que le cinéma a fait une bonne acquisition. Le film est fait intelligemment et clairement. Quelques épisodes (celui du rêve) sont réalisés avec beaucoup de tempérament et d’ingéniosité. Il y a beaucoup de théâtre dans ce film. Granovski n’a pas encore assumé toutes les ressources du cinéma. Mais un bon film « théâtralisé » est préférable à un bâclage cinématographique « original ». »
Pravda, 15 novembre 1925, Boris Gusman (extraits).

«  »Je compte réaliser un film juif grandiose », écrivait Alexis Granovski, fondateur du premier théâtre juif subventionné de l’histoire, le Goset (le Théâtre yiddish d’Etat). Il se donne tous les moyens pour parvenir à mener son grand oeuvre. Salomon Mikhoels, la grande vedette du théâtre yiddish, incarne Menahem-Mendl. Le peintre juif Natan Altman est chargé des décors du film. Le violoniste du Bolchoï, Lev Pulver, compose une musique inoubliable qui mélange allégrement le klezmer et les motifs russes. Les intertitres de ce film muet sont l’oeuvre de la sensation littéraire de l’époque, Isaac Babel, dont le nouveau livre, Cavalerie rouge, venait d’être publié dans deux traductions yiddish concurrentes. A l’exception du Dibbouk, le grand film yiddish de 1937, jamais un film juif n’aura réuni autant de talents juifs. <…>
Alexis Granovski livre un portrait de la misère juive de l’époque du tsar et offre les rares images d’un judaïsme en terre russe à travers une séquence de mariage, filmée avec une rigueur et un sens du détail qui inspirera plus tard Marc Chagall pour ses fresques du shtetl. Granovski trace également l’ébauche d’un burlesque yiddish qui aurait dû s’épanouir dans l’est de l’Europe, et trouvera un prolongement inattendu après-guerre dans le cinéma américain avec des comédiens comme Woody Allen, Elliot Gould ou Adam Sandler. »
Samuel Blumenfeld, extraits d’un article paru dans Le Monde des livres 01.06.07

Source : http://www.kinoglaz.fr/u_fiche_film.php?lang=fr&num=250


 

Le 12 novembre 1925 se déroulait au Conservatoire de Moscou, près de la place Rouge, la première du « Bonheur juif », d’Alexis Granovski.

Le 12 novembre 1925 se déroulait au Conservatoire de Moscou, près de la place Rouge, la première du Bonheur juif, d’Alexis Granovski. Ce fut une soirée de gala pour l’un des films les plus ambitieux de la nouvelle Union soviétique, avec Le Cuirassé Potemkine, d’Eisenstein, qui sortira cinq semaines plus tard. Ce « film magnifique », pour reprendre l’expression du quotidien juif communiste Der Emes, met en scène les tribulations de Menahem-Mendl, le personnage fétiche inventé par Cholem Aleichem. Dans Le Bonheur juif, Menahem-Mendl quitte le monde miséreux de sa bourgade de Berditchev, assignée aux juifs de la Russie tsariste, pour les mirages d’Odessa, où son sens très relatif des affaires ne lui permettra jamais de rencontrer la fortune tant escomptée.

« Je compte réaliser un film juif grandiose », écrivait Alexis Granovski, fondateur du premier théâtre juif subventionné de l’histoire, le Goset (le Théâtre yiddish d’Etat). Il se donne tous les moyens pour parvenir à mener son grand oeuvre. Salomon Mikhoels, la grande vedette du théâtre yiddish, incarne Menahem-Mendl. Le peintre juif Natan Altman est chargé des décors du film. Le violoniste du Bolchoï, Lev Pulver, compose une musique inoubliable qui mélange allégrement le klezmer et les motifs russes. Les intertitres de ce film muet sont l’oeuvre de la sensation littéraire de l’époque, Isaac Babel, dont le nouveau livre, Cavalerie rouge, venait d’être publié dans deux traductions yiddish concurrentes. A l’exception du Dibbouk, le grand film yiddish de 1937, jamais un film juif n’aura réuni autant de talents juifs.

Lénine considérait le cinéma comme « l’art le plus important ». Il faudra paradoxalement attendre l’année de sa mort, en 1924, pour qu’il prenne son essor en Union soviétique. Les artistes juifs soviétiques prennent Lénine au mot. Il était effectivement possible d’envisager, en 1925, en Union soviétique, un bonheur juif que Staline s’ingéniera, une fois au pouvoir, à transformer en enfer.

Alexis Granovski livre un portrait de la misère juive de l’époque du tsar et offre les rares images d’un judaïsme en terre russe à travers une séquence de mariage, filmée avec une rigueur et un sens du détail qui inspirera plus tard Marc Chagall pour ses fresques du shtetl. Granovski trace également l’ébauche d’un burlesque yiddish qui aurait dû s’épanouir dans l’est de l’Europe, et trouvera un prolongement inattendu après-guerre dans le cinéma américain avec des comédiens comme Woody Allen, Elliot Gould ou Adam Sandler.

Source : https://www.lemonde.fr/livres/article/2007/05/31/un-film-juif-grandiose_917119_3260.html

 

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