Sergueï Rachmaninov : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur

Avec Rachmaninov, plongez dans l’univers tourmenté du dernier des grands romantiques. Du lyrisme, de l’élégance, mais aussi beaucoup de nuances.

Sergueï Rachmaninov : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur
Le compositeur et pianiste Sergueï Rachmaninov (1873-1943)., © Getty / Corbis Historical

Le nom de Sergueï Rachmaninov est  généralement associé  à son instrument de prédilection : le piano. Et pour cause, le compositeur russe lui a consacré la plus grande partie de son oeuvre. Mais il s’est aussi intéressé à l’opéra et à la mélodie, de même qu’il a plusieurs fois pris la baguette pour diriger ses oeuvres ou celles de son mentor, Tchaïkovski.

Entre Russie et Etats-Unis, angoisse et exil, virtuosité et composition : voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l’un des derniers représentants de la musique romantique.

Pianiste ou compositeur ?

Les deux, répondrez-vous. Sauf que dans le cas de Rachmaninov, la question s’est révélée problématique. Adolescent, alors qu’il étudie au conservatoire de Moscou, son professeur Nikolaï Zverev s’oppose à sa vocation de compositeur. Pour poursuivre son ambition, le jeune Sergueï quitte ce premier mentor.

Toute sa vie durant, le musicien devra jongler entre sa carrière de pianiste (virtuose) et son activité de compositeur. Si les grandes tournées de concerts permettent au Rachmaninov-pianiste de gagner sa vie et de  nourrir sa famille (une femme et deux enfants), elles réduisent cependant la capacité de création du Rachmaninov-compositeur.

Les mains de Sergueï Rachmaninov. Elles étaient de très grande taille, ce qui lui permettait de jouer des accords complexes.
Les mains de Sergueï Rachmaninov. Elles étaient de très grande taille, ce qui lui permettait de jouer des accords complexes., © Getty / Eric Schaal

Tchaïkovsky : idole et mentor

Celui qui, au conservatoire de Moscou, va immédiatement reconnaître le potentiel de Sergueï Rachmaninov, c’est Piotr Ilitch Tchaïkovsky. Le respecté compositeur enseigne en effet au sein de l’institution moscovite et sa notoriété est immense : il s’agit donc d’un soutien de poids pour le jeune Rachmaninov.

Un soutien sur lequel Rachmaninov ne peut que brièvement compter : alors qu’il sort diplômé du conservatoire en 1892, son mentor Tchaïkovski meurt l’année suivante (dans des conditions mystérieuses). Rachmaninov lui dédie alors son Trio élégiaque n°2.

Féru de littérature (russe !)

Tout comme ses prédécesseurs romantiques, Rachmaninov est féru de littérature. Mais pas n’importe laquelle : russe, de préférence. Si, adolescent, il se plonge dans la lecture de Victor Hugo en vue d’une adaptation de Notre-Dame de Paris (projet qu’il abandonne finalement), c’est  l’oeuvre de ses compatriotes (Pouchkine, par exemple) qu’il met en musique.

La rencontre avec l’une des plus grandes plumes slaves, Leon Tolstoï, se révèle pourtant désastreuse. Tolstoï n’apprécie pas du tout l’oeuvre de Rachmaninov : « Je déteste votre musique » aurait-il même lâché au compositeur après l’avoir entendu au piano…

Moscou, 1904. Anton Chekhov (à gauche) et Leon Tolstoï (à droite) : deux monuments de la littérature russe que Rachmaninov admirait et a eu l'occasion de rencontrer.
Moscou, 1904. Anton Chekhov (à gauche) et Leon Tolstoï (à droite) : deux monuments de la littérature russe que Rachmaninov admirait et a eu l’occasion de rencontrer. , © Getty / Hulton Archive

Le fiasco de la Première Symphonie

Rachmaninov est un personnage sensible, angoissé et souvent très sévère envers lui-même. Chaque rejet de la part de ses contemporains lui est difficilement surmontable, et l’échec de sa Première Symphonie le plonge par exemple dans trois longues années de dépression.

Cette Première Symphonie (1897) est créée dans des conditions peu favorables. D’une part,  elle est donnée à Saint-Pétersbourg, la grande rivale de Moscou (où Rachmaninov a étudié). D’autre part – et ça n’est pas sans importance – le chef d’orchestre qui dirige l’oeuvre, Alexandre Glazounov, est totalement ivre lorsqu’il monte sur l’estrade. Les musiciens ont alors bien du mal suivre sa direction…

Dépression et hypnose

Après l’échec de la Première Symphonie en 1897, Rachmaninov est encore jeune (24 ans seulement) mais complètement rompu, désemparé. Il remet tout en question, y compris sa vocation de compositeur, et sa seule activité musicale consiste à diriger ponctuellement la troupe d’opéra Savva Mamontov, à Moscou.

C’est alors  qu’intervient un certain Nicolas Dahl : un  neurologue-hypnotiseur qui parvient à remettre le jeune homme sur pied (et devant ses partitions). Entre janvier et avril 1900, Rachmaninov consulte quotidiennement ce mystérieux médecin et achève finalement la composition de son Deuxième concerto pour piano (1901). Le succès est au rendez-vous et Rachmaninov est de retour.

Excellent chef

On connaît le Rachmaninov pianiste virtuose, le Rachmaninov compositeur, mais on connaît moins le Rachmaninov chef d’orchestre. Et pourtant, son élégant style de direction a largement été salué par ses contemporains.

En 1904, Rachmaninov prend le poste de directeur musical du Bolchoï (principalement pour des raisons financières), une fonction dans laquelle il s’investit totalement et pour laquelle il se fait brillamment remarquer.  « Je n’oublierai jamais l’interprétation de la Cinquième Symphonie de Tchaïkovsky par Rachmaninov, écrit dans un article le compositeur Nikolaï Medtner, en 1933. […] Nous avons pu l’entendre comme pour la première fois. »

Deux opéras

Rachmaninov n’aura pas composé que pour son instrument de prédilection, le piano. Il laisse aussi derrière lui quatre oeuvres lyriques (achevées), et son premier opéra Aleko lui aura d’ailleurs permis de remporter la médaille d’or de composition au conservatoire de Moscou, en 1892.

On ne voit pourtant que très peu ces oeuvres sur scène aujourd’hui. Les livrets sont jugés trop plats, inadaptés au chant, et celui de son dernier opéra Francesca da Rimini (1906) lui a d’ailleurs coûté maints efforts, car Rachmaninov n’est jamais parvenu à s’entendre avec son librettiste, Modeste Tchaïkovski (le frère du compositeur).

(Parfois) Snobé

L’inclinaison  naturelle de Rachmaninov pour le sentimentalisme est largement critiqué… Rappelons qu’au tournant du XXe siècle, la mode est à l’avant-garde, au modernisme. StravinskyProkofievDebussy…  Ces compositeurs bousculent les codes de la ‘grande’ musique et avec ses oeuvres romantiques, Rachmaninov apparaît quelque peu fade et passéiste aux yeux de la critique.

On lui reproche de composer des oeuvres trop ‘faciles’, trop ‘grand public’. A sa création en 1901, le Concerto pour piano n°2 est par exemple qualifié de “musique dégoulinante”, quand bien même l’oeuvre est largement applaudie par le public. Ce concerto a d’ailleurs rejoint aujourd’hui le panthéon des grandes oeuvres pour piano ainsi que la bande originale de nombreux films, parmi lesquels le fameux Sept ans de réflexion (1955) avec Marylin Monroe.

Enregistré !

Suite à la révolution de 1917, Rachmaninov, sa femme et leurs deux enfants quittent la Russie et s’installent aux Etats-Unis. Une nouvelle page s’ouvre pour le musicien : désormais il ne compose quasiment plus et se consacre à une carrière de pianiste qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Un choix par défaut ? Partout où il se produit (en Angleterre, en France et aux Etats-Unis où il réside jusqu’à sa mort), Rachmaninov se taille en tout cas une réputation de virtuose. Et cette virtuosité s’écoute : près de 10 heures de musique ont été enregistrées par Rachmaninov sur phonographe et, depuis, remasterisées.

L’ombre de la mort

Sergueï Rachmaninov est un personnage angoissé et hanté par la mort. La guerre tout comme la perte de ses proches (en 1909, notamment : la mort de sa cousine Vera avec qui il avait vécu une romance avant d’épouser Natalia) ne cessent d’assombrir ses pensées.

Sergueï Rachmaninov meurt le 28 mars 1943 des suites d’un cancer du poumon. Naturalisé américain, il est enterré dans l’Etat de New York, loin de sa terre natale russe dont il aura pourtant entretenu le souvenir dans son oeuvre ainsi que dans son quotidien d’exilé.

Source : https://www.francemusique.fr/musique-classique/serguei-rachmaninov-10-petites-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-le-compositeur-60644
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