Le cas Sakharov

« Le cas Sakharov »

Andreï Sakharov physicien nucléaire russe, Défenseur de l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire, prix Nobel de la paix en 1975.
Andreï Sakharov physicien nucléaire russe, Défenseur de l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire, prix Nobel de la paix en 1975. © Getty / Keystone / Hulton Archive

Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose  « Le cas Sakharov »

  • Une émission proposée par Christophe Barreyre
  • Écrite Jean Baptiste Sabiani
  • Réalisée par Laure Egoroff

Cette altercation est rapide mais intense, le moment aussi est historique, l’Urss ne sait plus trop comment avancer et ses repères tombent les uns après les autres, grâce à des hommes comme Andrei Sakharov.

Cette scène fût filmée, on y voit un Sakharov très entêté, réclamant l’abrogation de l’article 6 de la Constitution de l’URSS, article qui accordait au parti communiste son rôle dirigeant, face à un Gorbatchev agacé, fermé refusant toute évolution et déjà très attaqué par les conservateurs. Jacques Almaric, journaliste au Monde à l’époque raconte « cet affrontement entre les deux hommes. D’un côté il y avait le vieillard convaincu et tenace, symbole dit-il d’un contrepouvoir. De l’autre un homme de pouvoir, soudain autoritaire et excédé, méprisant. La scène n’a duré que quelques secondes mais elle mérite d’être revue et méditée. »

Dix ans plus tôt, le 22 janvier 1980 dans la ville de Gorki . Iouri Andropov, le chef tout-puissant du KGB, sur ordre du Kremlin, vient de décider de procéder à l’arrestation de Sakharov,  le physicien prix Nobel de la paix 1975, académicien, et infatigable défenseur des droits de l’homme.  Avec lui a été assignée à résidence, sa femme, Helena Bonner, medecin et elle aussi militante des droits de l’homme.

Le 23 décembre 1986, sur ordre de Gorbatchev, Andrei Sakharov et  Helena Bonner sont libérés, rentrent sur Moscou et militent dans l’opposition.

En mars 1989, il est élu à la nouvelle Chambre de l’Union soviétique, le Congrès des députés du peuple et déclare : « Gorbatchev doit choisir entre la direction de la Perestroika et celle de la nomenklatura » !

Extrait du scénario

SEQUENCE  2 – Assemblée du Peuple d’URSS

En pleine confusion, Gorbatchev essaie de rétablir de l’ordre et du calme, depuis la tribune d’où il préside.

L’agitation décroît dans l’assemblée.

Sakharovexhibant une liasse de documents : Regardez ces documents. J’ai ici une liasse de télégrammes. Ils m’ont été envoyés de tout le pays. Par des citoyens soviétiques respectables, valeureux. Qui réclament l’abrogation de l’article 6.

Gorbatchev : Ce débat n’est pas à l’ordre du jour !

Sakharov : Regardez ces télégrammes.

Gorbatchev : J’ai trois dossiers pleins de demandes inverses ! Ne manipulez pas l’opinion publique !

Sakharov : Vous dites que c’est moi qui manipule l’opinion publique ! Qui a tout fait pour m’empêcher de siéger dans cette assemblée ?

Gorbatchev : Andreï Dmitrievitch

Sakharovle coupant : Mes confrères de l’Académie des sciences m’ont élu à cette assemblée, contre les manœuvres du præsidium de l’Académie, pour parler, et je m’exprimerai.

Gorbatchev : Je vais couper votre micro !

Sakharov : Les citoyens ne veulent plus du parti unique. Vous voulez restructurer le pays, en toute transparence ? Il faut abroger l’article 6 !

Les protestations et les applaudissements augmentent.

Gorbatchev : Le Soviet suprême et le Comité central sont les seuls compétents sur ce sujet. Vous le savez parfaitement. Andreï Sakharov, vous ne faites que créer des incidents !

Sakharov, se lançant dans un discours à destination de l’assemblée : Je dis à cette assemblée : nous avons hérité du stalinisme une Constitution structurée de façon supranationale, et marquée par la pensée impériale. Partout, la corruption, causée par les liens entre les organes de sécurité et les organisation criminelles, provoque des ravages et asservit le peuple.

Gorbatchev, dépassé : Nous allons suspendre la séance.

Sakharov : Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, nous ne pouvons plus attendre ! Vous avez annoncé que tout était possible. Supprimons le rôle dirigeant du Parti communiste !

Gorbatchev : Que voulez-vous à la place? Le nationalisme, les démagogues ? C’est ça, que vous voulez ? Le Parti comme force unificatrice et d’avant-garde, est irremplaçable !

Sakharov : Vous parlez comme Staline et comme Brejnev. Nous réclamons un vote !

Gorbatchev : Le Congrès n’est pas habilité à faire une telle demande !

Sakharov : Nous réclamons un vote !

Les cris des députés rendent la suite du débat totalement inintelligible. La confusion atteint un paroxysme, sous l’œil désabusé de Gorbatchev.

Gorbatchevin petto : Sakharov, vieil entêté. C’est comme cela que tu me remercies ? En réclamant l’impossible ? En t’alliant avec des nationalistes, quand le chaos menace le pays ? En te répandant sur la mauvaise opinion que tu as de moi ? J’attendais plus de reconnaissance, et de gratitude, d’un homme qui me doit sa liberté et sa présence dans cette assemblée.

Invité Jean Pierre Barrou

Jean-Pierre Barou, éditeur et auteur
Jean-Pierre Barou, éditeur et auteur / Cléa Barou-Crossman

Jean Pierre Barou est l’un des meilleurs connaisseurs du destin exceptionnel de Andrei Sakharov et auteur de « Sakharov !Sakharov ! » paru en 1987 chez Grasset. En décembre 1988, donc à un  an de sa mort, Sakharov lui accorde chez lui à Moscou, un entretien de six heures dont des extraits paraîtront en France (Le Figaro); et dans la plupart des grands journaux occidentaux ; aux Etats-Unis dans The New York Review of books. En novembre 2011, Jean-Pierre Barou échange avec Gorbatchev sur sa démission comme Président de l’Union soviétique en 1991 lors de son passage à Montpellier. M.Barou est également l’éditeur d’Indignez-vous ! de  Stéphane Hessel: Indigène éditions à Montpellier.  Son dernier ouvrage paru : La Guerre d’Espagne ne fait que commencer, Le Seuil, 2015.

Le scénariste Jean-Baptiste Sabiani

Jean-Baptiste Sabiani, scénariste
Jean-Baptiste Sabiani, scénariste © Radio France / Emmanuelle Fournier

Après des études de droit public, Jean-Baptiste Sabiani se lance dans l’écriture.
Diplômé en cinéma, il écrit et réalise un premier court-métrage, Un rendez-vous. D’abord assistant-réalisateur, il se spécialise ensuite dans l’écriture de scénarios, devient lecteur au sein de plusieurs institutions, et écrit, seul et parfois en collaboration, des scénarios de courts et de longs-métrages, pour le cinéma et la télévision.
Passionné de Série noire, de littérature et de musique classiques, ce fan de rock indépendant anglais, intéressé par toutes les formes d’écriture audiovisuelle, participe également à l’écriture d’une série télé.
Pour France Inter, il a écrit plusieurs fictions radiophoniques, dont DRH, Geneviève de Gaulle-Anthonioz : la résistante, et Eric Tabarly : le marin et la mésange. Il a également écrit des fictions pour Affaires Sensibles: Vladimir Nabokov et sa LolitaLouison Bobet, une légende françaiseLe dernier amour de Piaf

 

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