Entretien avec Yvan Mignot : « Khlebnikov relève du poète plus-qu’unique »

Vélimir Khlebnikov

Véritable événement de la rentrée, les œuvres de Vélimir Khlebnikov, rassemblant en un volume les années 1919-1922, paraissent chez Verdier sous la houlette d’Yvan Mignot.
Pour Diacritik, Pierre Parlant a interrogé le traducteur et préfacier de ce volume sur cette entreprise poétique parmi les plus remarquables de la littérature russe du 20e siècle.

Le volume qui vient de paraître aux Éditions Verdier rassemble les écrits des quatre dernières années (1919-1922) de la vie de Vélimir Khlebnikov. Écrits dits de la « taie d’oreiller », ils correspondent à des années d’errance et de misère du poète voyageant entre la Russie, la Perse, le Daghestan et l’Azerbaïdjan. Avant d’évoquer la très grande singularité de cette œuvre, pourriez-vous situer Khlebnikov dans la configuration des poètes de sa génération tels que Maïakovski, Mandelstam, Tsvétaïéva ou Pasternak ?

Yvan Mignot : Khlebnikov c’est pas tout à fait Sei Shonagon et le makura no soshi, même si à l’instar de certains mathématiciens on peut imaginer que Khlebnikov dans ses errances dormait nuque reposant sur ses manuscrits. La référence japonaise au Michiyuki-Bun, à l’itinéraire et à sa poétique n’est pas fortuite, il connaissait les principes du vers japonais et de la pensée qu’il génère, il en parle en septembre 1912 dans une lettre à Kroutchonykh, précisant qu’elle « inclut, comme un grain, la pensée et, comme des ailes ou du duvet entourant le grain, une vision du monde. »

Mais son errance n’est pas celle que la tradition du soleil levant décrit comme parcours d’un chemin, où le poète d’aujourd’hui revisite les lieux où avant lui d’autres poètes disparus aujourd’hui sont passés. Lui, c’est un il n’a, disons à partir de 1919, ni feu ni lieu, c’est un SDF, mais un dont la pratique serait d’écriture constante, et s’il bouge comme un nomade, c’est pour aller au torride des événements, c’est par nécessité, c’est-à-dire, à suivre Artaud – par cruauté.

Alors dans votre question m’interrogent : configuration, génération et les noms que vous citez, c’est-à-dire les plus connus du public « cultivé ». S’agirait-il, si on considère les poètes comme des corps planétaires, de leur situation relative les uns par rapport aux autres ou, selon la mystique, de les rendre semblables ? Examiner les positions de chacun je ne m’y engagerai pas, car si tous sont imprégnés par le siècle, il nous faudrait pour répondre suivre l’itinéraire de chacun, plutôt qu’en considérer le résultat, à savoir la place figée que l’histoire littéraire leur assigne.

Si nous parlons de génération, c’est alors celle dont parle Jakobson, celle qui a gaspillé, dit-il, ses poètes, nous pouvons traduire : sacrifié. (Berlin, 1931 Smert’ Maïakovskogo, soit La mort de Maïakovski).

Lire la suite : https://diacritik.com/2017/10/12/entretien-avec-yvan-mignot-khlebnikov-releve-du-poete-plus-quunique/#more-26639

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