Manger religieux en URSS: Le cas de la Biélorussie dans les années 1950-1960

Manger religieux en URSS: Le cas de la Biélorussie dans les années 1950-1960
Dossier: « Manger à l’Est: Au-delà du plaisir »

Par Alena LAPATNIOVA

Dans une Biélorussie multiethnique et multiconfessionnelle, tout juste sortie du rationnement d’après-guerre, le rapport à la nourriture des différents groupes de population devient l’objet de surveillance de l’État et révèle certaines vérités sociales sur l’URSS.

Fin 1954, l’inspecteur Sazonov du Conseil pour les affaires des cultes religieux de la région de Minsk écrit (avec des nombreuses fautes de style et d’orthographe) un compte rendu sur le déroulement des trois grandes fêtes juives qui se sont succédé en septembre-octobre[1]. Il établit notamment qu’«une partie considérable de la population juive de Minsk, de Borissov, de Sloutsk et d’autres villes fête le Nouvel an juif, Yom Kippour et Soukkoth. Ceci est prouvé par le fait que, à la veille de chaque fête, la population juive, avec une énergie remarquable, achète, aussi bien dans les magasins qu’au marché kolkhozien, de la volaille, du poisson, des légumes et des fruits, des sucreries et en particulier du sucre. Dans des conversations avec des employés des marchés de ces villes, il s’avère que le prix de la volaille et des fruits est multiplié par deux les jours qui précèdent les fêtes. […] Pendant la fête de Soukkoth, les Juifs croyants célèbrent leur rituel traditionnel: dans une cabane construite près de la synagogue, par groupe de 10 à 12 personnes, les juifs se mettent autour d’une table et après une courte prière mangeent une brioche en la saupoudrant du sucre.»

Pourquoi l’administration soviétique s’intéresse-t-elle à la consommation pendant les fêtes religieuses? Et comment cette information est-elle traitée et utilisée?

Entre l’administration et ses inspecteurs: la guerre des indicateurs

L’État soviétique surveillait de près toute activité religieuse. À partir de 1943, il se donne des moyens accrus et constitue deux administrations chargées de cette surveillance, la première pour l’Église orthodoxe et la seconde pour les autres cultes. Des inspecteurs de ces deux Conseils doivent, entre autres tâches, enquêter sur les pratiques religieuses, et notamment sur les fêtes et les rituels. Des instructions précises fixent aux inspecteurs un programme d’investigation. Or, celui-ci ne donne aucune place aux pratiques de consommation. Ce qui intéresse les responsables dans les fêtes religieuses, c’est, d’une part, l’activité des instances religieuses pour attirer des fidèles et, d’autre part, le comportement public de la population. Pour mesurer le degré de religiosité de la population, la direction des Conseils pour les affaires des cultes religieux choisit comme indicateurs chiffrés pour toute l’URSS le nombre des fidèles sur les lieux de culte pendant les grandes fêtes et leur répartition par âge et par sexe.

La collecte des données est vue par la direction comme simple, directe et discrète. Mais quand, au milieu des années 1950, le Comité central du Parti communiste de l’URSS adopte une posture hostile vis-à-vis la religion et que s’aggrave la pression sur les croyants (surtout sur les jeunes), ce type d’information devient peu utile. Au mieux renseigne-t-il sur le succès de la lutte contre la religion mais il est muet sur le vrai niveau de croyance de la population qui évite de plus en plus d’exposer sa foi publiquement. Les statistiques suggèrent alors les résultats voulus: les participants sont des femmes âgées – des hommes âgés pour les juifs et les musulmans– et leur nombre est en baisse constante.

Suite: http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=1618

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