Поэт, переводчик, критик. Родился в 1964 г. Окончил МГУ, преподавал в школе, МГУ, с 1993 г. преподаватель латинского языка в Российском государственном гуманитарном университете. Переводил с английского, французского, немецкого языков филологическую, философскую, художественную литературу. Автор ряда публицистических статей. Опубликованы четыре книги стихов: « Папье-маше » (1994), « Перемена поз » (1997, с параллельными текстами на немецком языке, тираж уничтожен из-за юридических коллизий), « Генрих и Семен » (2000, шорт-лист Премии Андрея Белого), « Дума Иван-чая ». Переводил поэзию, прозу, философскую и филологическую литературу, в том числе Трумена Капоте, Фрэнсис Йейтс, Рене Жирара, Олдоса Хаксли, Ханну Арендт, Владимира Набокова и Иосифа Бродского. Умер в 2013 г.

Source: http://arzamas.academy/special/idealtv?v=21

Это лекция Дашевского, прочитанная на переводческом семинаре Александры Борисенко и Виктора Сонькина в 2010 году. Сложности поэтического перевода разбираются на примере эпиграммы Катулла, а в конце также — через разбор «Элегии» Пушкина («Безумных лет угасшее веселье…») и стихотворения Блока «Похоронят, зароют глубоко». Сюжет звучит сухо и академично — в действительности это на редкость живой разговор о любопытных древнеримских прохожих и обращениях к будущим комсомольцам; о римской любви и ненависти; о том, как Катулл играл в шашки, а Тургенев посмеялся над Фетом-переводчиком; о дурных и дешевых чувствах, возникающих в людях, которые оценивают чужие переводы, — и о том, как ненависть к переводу может заставить переводить; о том, почему студенты любят переводить Горация, — и о том, что заставляет людей заниматься такой невыполнимой работой, как перевод стихов.

Смотрите также:

Интервью Дашевского для «Совы Минервы» — проекта Института восточных культур РГГУ: часть 1, часть 2часть 3.
Григорий Дашевский читает два своих стихотворения на концерте «Вежливого отказа» в Музее Маяковского — «Черемушки» и «Близнецы».
Дашевский о философском романе: короткое выступление на литературном завтраке в честь объявления премии имени Александра Пятигорского (2013).
Дашевский в «Школе злословия».

 

Grigori Dachevski : notre soleil

 

Source: http://www.lecourrierderussie.com/2013/12/grigori-dachevski-notre-soleil/

Le 17 décembre 2013, Grigori Dachevski, poète, traducteur et critique littéraire remarquable, est mort des suites d’une maladie grave.

e 17 décembre 2013, Grigori Dachevski, poète, traducteur et critique littéraire remarquable, est mort des suites d’une maladie grave. Il avait 49 ans. La poète Maria Stepanova lui fait ses adieux.

Grigori Dachevski

 

Il me faut, pour rédiger ce texte, faire mine d’écrire sur un étranger pour des étrangers. Parce que ceux qui savent qui est Grigori Dachevski savent tout ; et au-dessus de nous tous se tient en ce moment une plainte, une sorte de nuage sous lequel nous comprenons avec une extrême précision qui et quoi nous avons perdu aujourd’hui. Ceux qui comprennent comparent, comme la poète Tatiana Neshoumova, ce jour où nous devenons orphelins avec l’obscur mois d’août 1921, quand la Russie lectrice a pleuré Blok. L’analogie avec Blok aurait provoqué la risée et l’agacement de Grisha Dachevski, mais que faire – ce sentiment que nous restons seuls dans le froid et les ténèbres des jours à venir, qu’il n’y a plus personne ni rien vers quoi se tourner est le même qu’alors. La seule différence, c’est qu’il n’y avait, alors, nul besoin de rien expliquer ni ajouter.

Les pages d’information reprennent à la chaîne cette énumération de l’évidence : « poète-traducteur-critique littéraire », comme s’il était question d’une usine, d’une production de littérature ininterrompue et sans déchets. Mais nous savons, nous, que Dachevski traducteur l’était comme il était poète, c’est-à-dire qu’il ne traduisait que ce qu’il lui fallait – avec l’exactitude d’une prescription médicale. Quand il l’a fallu, ce fut le Brodsky anglais, plus tard – Hannah Arendt et René Girard. Chaque fois, le choix du texte avait quelque chose du choix des mots dans un bon poème – le choix qui, au fond, n’existe pas, et c’est extrêmement saillant dans les vers de Grisha, écrits non avec les meilleurs mots dans le meilleur ordre, mais avec les seuls mots possibles dans le seul ordre possible. Il se rangeait lui-même parmi les poètes qui écrivent non comme ils veulent mais comme ils peuvent, et il parlait-Blake ou était-Catulle avec une conscience pleine et entière de l’impossibilité de parler ou de faire autrement. Et quand il traduisait autant que quand il écrivait, il était tour à tour précisément poète : avec cette chose « qui en fait l’intérêt », avec cette capacité heureuse et malheureuse de ne pouvoir faire autrement.

En introduction à son recueil Les Pensées d’Ivan-chaï, ou élucubrations d’un laurier de Saint-Antoine, il écrit avec répugnance sur le « je » lyrique – en tant qu’illusion dangereuse, en tant qu’idole qu’il avait servie et qu’il avait reniée. Chaque texte écrit par lui depuis lors est un discours qui ne souhaite pas se souvenir de son auteur. Le discours en vers de Dachevski appartient à d’autres – c’est un calice commun, qui n’a pas besoin de la signature de l’artisan. En « parlant par les voix », en plongeant sa propre voix, telle un visage, dans le masque rigide d’un autre (Catulle, Ivan-chaï, un traînard du quartier Tcheremushki ou le fasciste et le communiste de Henrich et Semion), en retirant du texte, comme une pelure, tout ce qui est « d’auteur », tout le « lyrique », tout le « particulier », Dachevski met à nu le discours direct de la douleur commune, qui ne change pas avec la multiplication des lieux, quelle que soit la bouche dans laquelle on le place. Étonnamment, tout cela ne fait qu’épaissir ses vers, et il devient visible que lui seul est capable de faire du mort particulier un vivant commun.

Toutes les œuvres en vers de Grigori Dachevski tiennent dans un petit livre, qui a grossi de quelques pages en une décennie – et qui signifie plus encore pour la génération poétique qu’on ne le sait déjà. Les auteurs ayant écrit si peu et à ce point tout changé se comptent sur les doigts d’une main dans la poésie russe. Je me souviens comme on lisait les vers qui composent Henrich et Semion à la fin des années 1990 – de leur air si simple, l’air de simples-poèmes écrits dans un russe nouveau, étonnant, encore inédit. Et c’était clair : la chose est donc possible, la surface de la langue s’écarte comme une table mise – et il se passait quelque chose de semblable avec le point-de-vue immobile où, récemment encore, s’installait le lourd « je » lyrique.

Un jour, lors d’une conversation sur les poèmes et les poètes, Grisha m’a dit « Et moi, j’écris sur la mort et l’immédiat jusqu’à » ; et tous ces jours-ci je me démène et me tourmente à travers ces mots, comme si je venais juste de comprendre ce qu’il voulait dire. Cet « immédiat jusqu’à » – étiré sur un certain nombre d’années, tantôt s’écartant, tantôt approchant tout près, se tenant prêt – contenait pour lui notre quotidien, ce monde où, avec une telle certitude, nous présumons vivre. Pour Dachevski, la mémoire et l’ombre de la mort étaient l’abri sous lequel il vivait, l’air qu’il respirait. Et pour nous qui l’aimons et le lisons, se trouver près de lui était un pur, un illimité bonheur – et chacun de ses textes ou notes Facebook était quelque chose comme une occasion de se persuader que cet « immédiat jusqu’à » allait continuer et durer.

Et l’on ne comprend que maintenant quel cadeau immérité tout cela constituait. Parce qu’auprès de lui, n’importe quel interlocuteur se retrouvait une tête et demie plus haut – plus intelligent, plus fin, meilleur, plus talentueux qu’il n’était, sans toujours deviner que c’est la lumière de Grisha qui lui communiquait momentanément toutes ces belles qualités ; la lumière de Grisha et la foi de Grisha en nous, imbéciles. Désormais il faudra, bon gré mal gré, se ratatiner tristement jusqu’à nos propres dimensions – ou bien à toutes forces tendre vers la croissance, en espérant grandir jusqu’à ce dessein que Grisha voyait mieux que nous-mêmes. Jusqu’à ce matin heureux, quand et si (rayer la mention inutile) il arrive un jour.

Retrouvez en page 2 des traductions de poèmes de Dashevski

 

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Григорий Дашевский —о поэтических переводах Grigori Dachevski – traduction poétique (vidéo + article)

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