Les traducteurs sont des chatons

http://www.slate.fr/story/84701/traducteur

Par Bérengère Viennot

En tout cas, même s’ils sont invisibles, ils existent et méritent au moins autant d’égard que ces petites bêtes.

Il y a quelques semaines je suis allée chez un médecin que je vois environ tous les deux ans. Après la consultation, il m’a demandé comme à chaque fois: «Alors, vous faites toujours des traductions?» Comme je suis très bien élevée (ou engoncée dans un carcan social qui m’interdit la franchise face à toute personne pourvue d’un minimum d’autorité), d’habitude je me contente de répondre «Oui oui, je suis toujours traductrice».

Etait-ce la conjonction des étoiles, le syndrome prémenstruel, la plénitude de la coupe, l’énervement d’avoir attendu une heure dans la salle d’attente? J’ai explosé en vol.

Je l’ai regardé droit dans les yeux et j’ai répondu:

«Et vous, vous faites toujours des touchers rectaux? Et votre plombier quand vous le croisez dans la rue, vous lui demandez “Alors, vous débouchez toujours des chiottes?” Et à votre bouchère: “Alors, vous découpez toujours des steaks?” Je ne fais pas des traductions, je suis traductrice.»

En rentrant chez moi, j’ai rageusement jeté à la poubelle l’ordonnance de Xanax qu’il a insisté pour me prescrire.

Cher lecteur, toi qui d’habitude me lis sans le savoir, aujourd’hui je vais te parler en mon nom.

Grâce à Slate qui a la correction de faire ce qui est loin d’être une évidence dans le métier, tu as peut-être déjà lu mon patronyme en bas de traductions, et si ce n’était le mien, c’était donc celui d’un(e) collègue. D’habitude, j’habille de mes mots la pensée des autres. Aujourd’hui, parce que je suis lasse d’être considérée comme une oisive qui bosse deux heures par jour en pyjama, qui peut garder le petit dernier de sa sœur puisqu’elle est à la maison, et qui n’a besoin que du Harrap’s pour travailler tout en frémissant de terreur en voyant s’avancer le spectre des logiciels de traduction, je prends la parole, pour t’expliquer ce qu’est un traducteur indépendant. Ou plutôt, ce qu’il n’est pas.

Un traducteur indépendant n’est pas un dictionnaire

Un dictionnaire, c’est un livre (ou un CD, ou un site) avec des listes de mots et leurs équivalents dans une langue que vous ne parlez pas, ou mal.

Un traducteur, c’est un humain qui travaille avec des dictionnaires, alors que l’inverse n’est pas vrai. Certes, il sait un tas de mots que vous ne connaissez pas, mais tout comme l’architecte ne va pas vous sortir une brique de sa poche à l’apéro, il ne peut pas non plus vous réciter le Larousse anglais-français sur commande…

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